Comment deux garçons en situation de faire carrière ont confié leur avenir à quatre pieds de table ? Et comment l’affaire prend de l’ampleur, les pieds de table faisant naître des étagères, des tiroirs, des blocs de rangement… Rencontre avec Matthieu Bourgeaux et Vincent Quesada.

Par Noëlle Bittner

L’idée ? Des pieds terminés par un étau qui “mordent“ n’importe quelle surface pour faire office de table, tabouret, banc, bureau, console…
Matthieu Bourgeaux : Quand on est étudiant, on déménage tout le temps. L’envie nous est venue d’un mobilier facilement modulable, démontable, transportable. On était subjugués par ce concept d’étau adapté dans les années 60 par Francois Arnal (“T9 édité par Atelier A), Pascal Nigro (“T.U“ édité en 2010 par Ligne Roset), revisité par Starck dans les années 90. Mais c’était des objets design inaccessibles, or c’est un concept simple, qui méritait d’être exploité sur un mode simple, coloré, accessible à tous en termes de prix comme de distribution.

Et là, par chance…
M.B 
: L’atelier que mon grand-père avait créé à Bonneville travaille l’acier, on y a travaillé des dizaines de prototypes… Quand, au bout d’un an, on a pensé qu’on tenait le bon système de fixation, le bon prix de revient, on a mis le produit en prévente sur une plateforme de vente en participation, ULULE. 30 jours d’exposition, avec des photos. On demandait 20.000€, on a eu 35.000€ de commandes. Ces gens vous donnent votre chance, ils acceptent d’être livrés plusieurs mois après, ils ont envie de participer à une histoire, alors on les a tenus au courant et on est encore en relation avec eux !

Puis vous êtes passé à la production ?
M.B : On a essayé plusieurs usines, dont une petite PME familiale en Bulgarie, proche de la frontière grecque…

Vous êtes allés les voir ?
M.B 
: Oui, deux ou trois fois. On a fait la première série, on a livré les 300 premiers clients d’ULULE, des gens qui sont des super ambassadeurs et qui dialoguent avec nous, nous ont fait faire des améliorations, le packaging, le matériau du patin…

Et après ?
M.B
: Après, on s’est senti un peu seuls avec notre propre site. Peu de trafic, peu de visiteurs, il faut garder le moral quand vous passez à une vente par jour ou zéro…

C’est là que Vincent est arrivé… ?
M.B
 : Oui pour développer. Je travaillais encore de mon petit studio, avec un stockage en Normandie qui expédiait la marchandise aux clients. Le produit, il faisait Chamonix (fab des pièces acier) Bulgarie (montage) Normandie (expédition). On était six mois après la prévente et on avait épuisé nos 35.000€. Je me dis qu’on doit proposer des supports « plateaux » variés pour nos pieds car tous nos clients n’ont pas la possibilité de le dénicher ou de le fabriquer.

Vincent Quesada : On a pris un prêt bancaire de 60.000€, un petit bureau et une stagiaire formidable. Au produit on a donné un nom, un logo : tiptoe, en anglais ça fait “sur la pointe des pieds“, ça fait aussi “tip top“, c’est mélodieux, simple, ça a du sens.
Certes, on est invisible mais les retours clients sont très positifs, on sait que notre produit se vendra s’il se voit, donc on prend une agence de presse pour 6 mois, puis une agence plus spécialisée (Delprat). Notre chance : on fait partie du Réseau Entreprendre, créé par Mr Mulliez dans les années 60, qui nous ouvre des contacts, des prêts à taux zéro, et des conseils car chaque jeune lauréat a un parrain.

Et vous voilà à Maison&Objet, au Hall 7 !
V.Q
 : M&O, on avait envie d’y aller dès le début. On a été émerveillés par ce Hall 7 (Now design à vivre), ces jeunes du monde entier, qui ont des projets comme nous ! Toute cette énergie déployée, tant de belles choses, on voulait y être…

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans notre Guide Rénovation-Décoration, au sommaire de Cosy City #26, actuellement en diffusion.

 

 

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