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Perchée sur une forte pente, sa silhouette se glisse entre les arbres, dans la nature. Fondue dans l’environnement et entièrement ouverte sur l’extérieur, la maison établit un climat confortable, détendu et empreint de légèreté. Y vivre à l’année s’apparente à de perpétuelles vacances.
Texte et photos : Maxime Brouillet – V2com

Au milieu des versants boisés de la petite municipalité canadienne de Morin-Heights, dans les Laurentides, la maison Blue Hills accueille une famille de citadins ayant quitté la ville pour se rapprocher de la nature et de ses vastes espaces. Le projet confié à l’agence de Montréal, La Shed Architecture : concevoir une maison familiale de 215 m2. Suivant la volonté des architectes et des propriétaires, la maison entretient une double relation avec son environnement : de l’extérieur, elle s’y camoufle. De l’intérieur, elle s’ouvre complètement à la nature. Dans les deux cas, la demeure laisse place à la grandeur de ce lieu sauvage des Laurentides.
Afin de réussir ce double pari, une série d’astuces a été mise en place dès la conception du projet.

Se fondre dans la nature

Les murs extérieurs, entièrement recouverts de lattes verticales en cèdre de l’est, prendront une patine grise au fil des ans pour s’harmoniser à la teinte de l’écorce des arbres. Certaines sections de ces murs sont couvertes de tasseaux de bois, créant un subtil relief sur les façades et dialoguant avec la verticalité et le rythme de la forêt environnante. Sur le toit plat, un lit de galets de rivière rappelle les couleurs tapissant le sol; du haut de la colline, il devient alors difficile de distinguer le bâtiment de son site.

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L’articulation de la construction sur un seul niveau permet à la maison d’avoir une hauteur minimale, et de ce fait une empreinte réduite sur le paysage. Une attention particulière a été apportée afin de préserver au maximum la flore déjà présente au sol. Ainsi, l’implantation linéaire et effilée du bâtiment lui permet, tel un camouflage, de se faufiler dans l’environnement en réduisant au minimum l’altération du site, de même que les différences de hauteur entre l’avant et l’arrière de la maison.

Des idées lumineuses

Ce type d’implantation basse et rectiligne offre à chacun des espaces intérieurs un lien visuel direct avec la végétation et permet à la lumière de pénétrer et de se propager dans toutes les pièces.

Sur les façades frontales, les ouvertures ont été disposées à l’intérieur d’une série d’alcôves, permettant l’ouverture des fenêtres même en cas de pluie. En plus d’agir comme protection contre les intempéries, ces alcôves participent à définir une zone de transition entre l’intérieur et l’extérieur, une sorte de seuil. De plus, ces alcôves permettent de couper les rayons directs du soleil en été afin d’éviter la surchauffe due aux grandes baies vitrées tout en laissant le soleil bas d’hiver entrer pour réchauffer l’intérieur. Ce principe fonctionne très bien avec le plancher en béton apparent qui agit comme masse thermique. À l’ombre durant l’été, le béton garde la maison au frais alors que l’hiver, exposé au soleil, il réchauffe l’espace en emmagasinant l’énergie solaire et en la redistribuant uniformément grâce aux canalisations d’eau qui y sont intégrées.

Une circulation structurée

L’entrée se fait par une alcôve située au centre de la façade nord. Les espaces communs se trouvent au centre, les espaces privés occupent les extrémités. Passé le vestibule, délimité au sol par une grille gratte-pieds métallique, les espaces de vie sont regroupés en un seul endroit ; la cuisine, composée de deux grands îlots, sépare la salle à manger du séjour. Placés au cœur du projet, ces îlots contribuent à faire de la cuisine un espace fonctionnel et convivial. Ils agissent en interface : côté salle à manger, l’îlot loge un comptoir lunch tandis que du côté séjour, l’îlot contient une bibliothèque.

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Les grandes ouvertures, présentes de part et d’autre des espaces communs, sont dotées de portes coulissantes sur toute la hauteur ouvrant plein cadre sur la nature. L’ensemble du mobilier intégré ainsi que le foyer sont encastrés entre les alcôves et à l’intérieur des cloisons afin de dégager de l’espace au centre et participer à l’esthétisme minimaliste de la maison.

Les espaces de services se situent entre le séjour et les chambres afin d’offrir une zone de transition graduelle vers les espaces privés. Ainsi, les salles de bains, la buanderie et de nombreux rangements filtrent et absorbent les bruits tout en signalant à celui qui les franchit qu’il s’apprête à accéder aux espaces privés.

En osmose avec la nature

La matérialité présente à l’intérieur de la maison rappelle l’environnement naturel dans lequel elle se trouve. L’usage de matières authentiques et premières, tel le bois tapissant les murs, le marbre enveloppant les salles de bains ou encore le béton poli du plancher, assure la pérennité de la construction. Le revêtement de bois brut des murs a été peint en blanc afin d’obtenir un espace plus lumineux, tout en préservant la texture naturelle du matériau. Cela participe à créer cette ambiance feutrée et délicate souhaitée par les propriétaires. La blancheur des espaces intérieurs joue le rôle de canevas accueillant, au fil des saisons, les couleurs changeantes du paysage.

La véranda, en prolongement du séjour, permet de profiter de l’espace extérieur dans des conditions météorologiques parfois difficiles. Aménagée sur la façade avant, elle rappelle la typologie des maisons environnantes ornées de spacieux porches et vérandas.

 

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