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Il arrive parfois que des contraintes fassent naître des idées brillantes. Il en est ainsi avec la rénovation de cette salle des fêtes de Bourgneuf, une commune composée de plusieurs hameaux, située à l’entrée de la Maurienne. La contrainte ? Une maîtrise d’ouvrage réticente à l’usage du bois en bardage, du fait du «grisement» différencié habituel des bois non traités. L’idée brillante proposée par le binôme d’architectes sélectionné : la mise en oeuvre d’une technique traditionnelle japonaise, le Shou Sugi Ban, ou « bois brûlé ». Traité au feu pendant quelques minutes, puis lavé et légèrement brossé afin de nettoyer la couche carbonisée, le bois présente ainsi un aspect sombre similaire aux bois anciens des granges environnantes. Ce traitement écologique lui confère en outre une stabilité d’aspect et une grande longévité puisqu’on parle de 80 ans !
Pour en savoir plus sur cette technique japonaise, les architectes Christophe Naud-Passajon et Jean-Paul Déjos nous en disent plus. Avis à tous ceux qui souhaitent un bardage en bois et qui hésitent à cause du grisement…

Qui vous a enseigné cette technique traditionnelle ?
Nous avons une démarche de veille technologique, et bien que la « découverte »  d’une technique millénaire via cette veille soit un peu incongrue, c’est grâce à ce process interne que nous avons pris connaissance de ce procédé traditionnel japonais, également utilisé par les Aztèques ! Nous avons donc approfondi le sujet, en constituant une base de connaissance liée à sa mise en oeuvre. Nous nous sommes également mis en contact avec le « pôle excellence bois » (Rumilly), plateforme qui cherche à développer la filière bois locale, afin de valider un process scientifique sur la mise en oeuvre de cette technique (température et durée de brûlage, choc thermique provocant l’arrêt de la combustion, essences à privilégier…). Malheureusement, les délais étant assez courts, nous n’avons pas pu avoir de réponses à la plupart de nos questions. Seule l’essence a été validée (Pin Douglas).
C’est donc notre base de connaissance (vidéos, documents, retours d’expériences glanés sur internet…) qui a servi de base à la description de la mise en oeuvre, ainsi que l’expérimentation.

Cette technique est-elle difficile à mettre en oeuvre sur un chantier ?
Oui et non… Elle est d’abord compliquée à mettre en oeuvre sur un marché public. En effet, ce procédé n’ayant pas d’avis technique, il sous entend une certaine prise de risque pour les acteurs de la construction (maître d’ouvrage, architecte, bureau de contrôle, SPS pour le brûlage sur le chantier, entreprise…). On est ici en plein dans le carcan normatif qui pèse dans la construction ! Elle nécessite également de faire appel à une entreprise sérieuse et volontaire, prête à s’engager sur une « innovation » de ce type, tout ça dans le cadre de la réglementation entourant la passation de marchés publics. Une fois ces freins levés, nous sommes passés à une phase de tests avec l’entreprise retenue : diverses essences ont été testées, en plusieurs épaisseurs, avec des temps et procédés de brûlage différent. Il nous fallait valider l’aspect final, mais aussi une technique de mise en oeuvre pas trop contraignante pour l’entreprise. Nous avons finalement validé un procédé de brûlage par chalumeau d’étancheur, avec arrêt de la combustion à l’eau, et léger brossage. Nous avons détecté un problème lors de la première phase de travaux : les noeuds du bardage étant plus durs, il brûlaient moins rapidement : la pluie et le vent nettoyant naturellement le bardage des poussières issues de la crémation, les noeuds ont ainsi pris une teinte grisée plus claire que le reste du bardage. Nous avons donc affiné le process en deuxième phase, afin d’avoir un bardage moins « noueux » et un brulage accru des noeuds, ce qui a réglé le problème.

Engendre-t-elle des coûts supplémentaires ?
Le coût de mise en oeuvre du bois brûlé sur ce chantier était de 83 euros HT du m2 (bardage seul), contre 50 à 60 euros HT le m2 en douglas non traité. Il y a donc bien un surcoût, mais comparé au coût d’entretien nécessaire à un bois traité, ce surcoût est vite absorbé.

Quels sont les avantages autres que l’aspect esthétique ?
La carbonisation du bois entraîne une durabilité accrue (donnée pour 80 ans !), et une résistance également accrue aux champignons et aux parasites. Le bois ainsi traité a un aspect « peau de crocodile » extrêmement séduisant, avec des reflets bleutés chatoyants. Mais principal atout, il ne change pas d’aspect : pas de trace de coulures, ni de vieillissement différencié selon les façades, ou la présence ou non de protections partielles. Et si l’on accepte qu’il soit un peu marquant les premiers mois – encore faut-il que l’on se frotte dessus – il ne nécessite aucun entretien ! C’est également un traitement naturel : tous les bois d’oeuvre étant destinés à être brulés, nous ne faisons qu’anticiper un peu cette étape !

Avec le temps le bois change-t-il d’aspect ou vraiment pas, reste toujours aussi noir ?
Le bois brûlé a été posé début 2014, et n’a pas changé d’aspect depuis.

Les architectes :
Naud Passajon Architecte – www.nparchitectes.com
Jean-Paul Déjos Architecte – www.dejosarchitecte.com

 

 

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