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Savez-vous que notre œil perçoit d’abord les couleurs avant de voir la forme d’un objet ? Appliquée à la décoration, au mobilier et aux objets, même par petites touches, la couleur installe une ambiance du plus bel effet dans les intérieurs montagnards où le bois monochrome est très présent.
Par Patricia Parquet

Imaginez-vous prendre possession de votre logement lors du lancement de la station des Arcs en 1968. Un agencement très astucieux, fonctionnel et pétillant avec des touches de couleurs réparties par aplat sur différents éléments du mobilier. Créé par l’architecte et designer Charlotte Perriand, le nouvel univers de cette station naissante innovait et révolutionnait l’approche des designers en montagne. La décoration prenait enfin en compte les détails, qui font d’un séjour, une expérience esthétique revitalisante. Mais comme souvent, les traditions sont tenaces et les pionniers ne sont pas compris de suite. Ce sont surtout les premiers clients citadins, sensibles au travail des designers, qui ont favorisé la conquête progressive de la couleur dans les intérieurs montagnards.

Petit voyage dans le temps

L’époque de l’après-guerre est marquée par la recherche de l’optimisation de l’espace, de la rigueur avec du mobilier en bois aux formes simples, la recherche de l’amélioration de l’habitat pour faciliter la vie à travers des meubles pratiques, constitués de nombreux rangements. Dans les années 50, l’arrivée des matières plastiques (grâce au pétrole qui est bon marché) a permis aux créateurs d’imaginer des meubles originaux, avec des formes nouvelles et un immense choix de couleurs.

Design_Couleur_11Dans les années 60, la forme ne suit plus la fonction, mais le plaisir. Les lignes sont fluides et souples, la couleur se multiplie et la transparence est utilisée pour des meubles gonflables. A la recherche de plus de confort, plus de décontraction, les Français achètent plus de sièges, moins de tables et de bahuts. Les canapés, conçus comme des jeux de construction, deviennent modulables.

L’influence du Pop art

Les designers s’inspirent des artistes anglais et américains et notamment des artistes majeurs du Pop art. Les couleurs éclatantes s’imposent partout : dans la mode, le mobilier (surtout à destination des jeunes), le graphisme et l’architecture. Les nouvelles générations ne veulent plus des meubles hérités des parents ou grands-parents et préfèrent le mobilier ludique. Les lampes ressemblent à des gélules géantes, les sièges à des jouets de plage. La conquête de l’espace est également une source d’inspiration pour les créateurs.

Les affiches de l’époque pour Knoll montrent toute une palette de couleurs vives. Dans une publicité de l’éditeur Rotaflex, paru en 1963 dans « La Maison Française », on peut lire « Lumière et couleurs… joie dans la maison ». Même vague dans le design industriel. En 1967, au Danemark, Verner Panton produit en série la Panton Chair : une chaise empilable, curviligne, avec un porte-à-faux spectaculaire en six couleurs vives ; la première chaise en plastique moulée d’une seule pièce.

Un optimisme joyeux

En France, les designers et décorateurs, tels que Pierre Guariche, Pierre Paulin, Olivier Mourgue… se passionnent pour les nouveaux matériaux, les usages qui en sont faits aux Etats-Unis et dans les Pays Scandinaves. Ils vont à leur tour proposer du mobilier innovant et coloré à une population jeune, issue du baby-boom et attirée par le rêve américain. Et pendant ce temps en montagne…

Dans les appartements Aux Arcs, Charlotte Perriand colorise avec les murs de cuisine en rouge, les salles de bains en orange et elle privilégie le mobilier en bois avec des touches de couleurs.

Dépasser les traditions

Dans les années 90, le rouge et le vert font ressortir le bois dans les chalets et dans les hôtels. Désormais, le rouge apparaît par petite touche. La couleur est généralement très utilisée via les accessoires : coussins, plaids, linge de lit, lampes… Certains architectes d’intérieur et décorateurs privilégient les couleurs naturelles, poudrés, comme Hélène Roux du Café de Balme à Magland. «Nous osons la couleur dans les chambres à travers des tons vifs. Nous avons décoré un chalet aux Gets pour des clients anglais qui avaient besoin de gaieté dans leur intérieur. Lorsqu’il s’agit de rénovation, c’est un peu différent. Les espaces sont plus cloisonnés, identifiés, on peut plus facilement jouer avec la couleur, tout en créant une ambiance cohérente. J’aime également apporter de la couleur à travers les carreaux de ciment, dans la cuisine sur la crédence, sur le sol où l’on a l’impression de marcher sur un tapis».

Du pep’s avec les couleurs acidulées

Beaucoup de propriétaires qui louent leur chalet ou leur appartement sont réticents et privilégient la neutralité car ils veulent être certains de plaire au plus grand nombre. C’est parfois une raison économique, puisque la neutralité est perçue comme indémodable.

C’est une erreur, la couleur contribue à rendre un intérieur unique. Et surtout, elle participe au bien-être des occupants, où les touches de couleurs sont comme des petites attentions pour les hôtes.

new colours 2009

La décoratrice Aurélie Charvoz aime les projets colorés, à l’image de sa galerie Formes et Utopies à Megève. Pour elle, « la couleur apporte de la vie et du caractère, à travers le mobilier et les accessoires sans casser les codes de la montagne. Sans couleur, vous avez l’impression de vivre dans un chalet témoin. J’aime mélanger les couleurs en opposition. Je cherche les couleurs qui se marient bien avec le bois et la pierre comme le marsala, les prunes… J’ose les couleurs un peu flashy dans les chambres ou dans les salons télé réservés aux enfants. Je puise mon inspiration auprès des éditeurs de tissus et des galeries de photos ».

La couleur offre une dose de poésie, d’humour, de vie et de jeu graphique. Elle ravive un intérieur, souligne un espace et lui donne une nouvelle identité. On aurait tort de s’en passer !

 

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