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Trop utopiques. Pas économiquement rentables. Pas réalisables. Pas constructibles avec les techniques de l’époque. De nombreux projets d’architectes n’ont jamais vu le jour en montagne. Nous avons choisi de vous en présenter quelques-uns dont les maquettes font le tour des Alpes.
Par Patricia Parquet

Depuis la création et le développement des sports d’hiver, la montagne a toujours fasciné les architectes. Au siècle dernier, de nombreuses constructions, hôtels, résidences, téléphériques, habitations, refuges sont restés à l’état de projet. Dans le cadre de sa thèse, Suzanne Stacher, maître assistante à l’Ecole Nationale supérieure d’architecture de Versailles (ENSA-V), a effectué des recherches, afin de mettre à jour des projets oubliés. D’après des croquis, des extraits de documents parus dans des livres de l’époque, des maquettes en carton ont été réalisées par les élèves de 3e année. Ce travail, réalisé avec l’Institut de recherche Archiv für Baukunst de l’université d’Innsbruck, a été présenté au public lors de l’exposition Dreamland Alps à Innsbruck, Merano, Chambéry, Saint-Jean-de-Maurienne, Modane et Annecy et prochainement à Salzbourg, Saalfelden et à Bellinzona en 2016.

« Des lieux de récréation profonde »

« Nous avons trouvé près de 200 projets non réalisés. A l’époque, dès qu’il y avait un concours pour une réalisation en montagne, les architectes étaient nombreux à répondre car ils rêvaient de s’exercer à un programme libre. Ces projets n’ont jamais vu le jour car trop utopiques pour être construits, pas économiquement rentables, pas constructibles avec les matériaux de l’époque» résume Suzanne Stacher. Beaucoup d’idées nouvelles naissent dans les années 30. Les architectes imaginent des sanatoriums en Suisse et en France où les gens sont installés face à une fenêtre et attachés sur des plans inclinés pour profiter au maximum du soleil, si bénéfique pour la santé. C’est l’époque des audaces techniques.

Utopiques_07Georges Candilis, avec Charlotte Perriand et Jean Prouvé imaginent en 1962 le concept de station de 25000 lits dans la vallée des Belleville en Savoie, refusé car « trop avancé pour son temps ». Suzanne Stacher parle de « projet le plus unitaire, le plus puissant de cette période. Il consiste à concevoir une ville posée sur la montagne où rien n’est ancré. Les grandes barres flottent pour obtenir une vue. Les hôtels sont dans la pente. Les vacanciers laissent leur voiture et arrivent en train».

Le plus audacieux de tous ces projets utopiques est certainement la résidence hôtelière à Arc 2000, en 1970, en forme de toupie par Jean Prouvé et ses collaborateurs, les architectes Reiko Hayama et Serge Binotto. Cette forme ronde, qui permet de s’immerger dans le site, est reprise bien plus tard par le designer Ross Lovegrove pour ses capsules alpines dans les Dolomites; des cocons transparents à partager en tête-à-tête. À l’opposé de tous ces rêves oubliés, le projet visionnaire du promoteur Remo Stoffel (repreneur des Thermes de Vals), dévoilé en mars dernier, semble en bonne voie malgré les oppositions. Il s’agit d’une immense tour abritant un hôtel de luxe de 107 chambres, réparties sur 60 étages. Son rêve : réaliser le bâtiment le plus élancé d’Europe avec 381 mètres de haut. Du jamais vu en montagne ! La tour a été dessinée par l’architecte américain Thom Mayne, lauréat du Prix Pritzker en 2005. Reste à savoir si la tour de Vals, au fond d’une vallée des Grisons, verra le jour ou restera-t-elle, elle aussi, à l’état de projet utopique ?

 

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