Vous aimez la montagne l’hiver ? Vous n’y avez pas goûté en été ! Ce périple joint les paysages à la gastronomie, en trois jours à travers quatre lacs si proches et cependant si différents. Un aspect des Alpes que l’on ne connaît pas quand on se limite aux sports d’hiver. Et une source d’inspiration pour ceux qui projettent de s’y installer un jour.

Par Noëlle Bittner

Les eaux émeraude du lac d’Aiguebelette, ci-dessus depuis le ponton de La Villa du Lac.

Lac d’Aiguebelette

Débarquer de sa voiture et se retrouver devant le miroir d’eau émeraude du lac d’Aiguebelette, c’est la meilleure façon de débuter ce périple. Peu habitées et bien protégées ses rives ne montrent que du vert et quelques pontons où sont amarrées des barques. On laisserait bien filer les heures, installé sur le ponton terrasse de La Villa du Lac, sympathique guinguette, à observer le vol en piqué des oiseaux dans les roselières. Après un lavaret à la crème de Pétillant de Savoie et après avoir à moult reprises planté le couteau dans le plateau de fromages, il est temps de rejoindre notre deuxième lac, le lac du Bourget.

En approchant, sur le versant du Bugey, arrêtez-vous sans faute au château de Lucey. D’abord parce que la petite 0210 et la 210A qui en repart vous ouvrent des paysages magnifiques, vignes en coteaux, dévers bien tordus entre Jongieux et St-Jean-de-Chevelu. La vision du château avec ses cours, ses murets, le torrent qui saute sur son lit de mousse, sa restauration soignée mais point trop comme il se doit, est un enchantement. Ajoutez que vous pouvez vous y faire expliquer cépages de Savoie et vins de pente par le vigneron du domaine. Une dégustation éclairée.

Lac du Bourget

Plus romantique on ne voit pas, au pays de Lamartine et de Jean-Jacques Rousseau. D’autant que Les Charmettes ne sont pas loin (sa maison de cœur, sur les hauteurs de Chambéry).

Plus grand lac naturel de France, il déroule ses rives, tantôt sauvages dans la moitié nord, dès que l’on franchit le Col du Chat, et dans les environs de l’abbaye de Hautecombe, tantôt aménagées comme une suite de plages entrecoupées de pelouses soignées et de pistes cyclables dans la moitié sud. L’atmosphère est bon enfant, les terrasses sont pleines, on nage, on plonge, comme dans les gravures anciennes vantant la Riviera des Alpes. Pour être littéralement pieds dans l’eau, on s’installera à la Maison des Pêcheurs, une série de cabanes en bois, mi cabane mi container, mais plutôt confortables et surtout avec une vue plongeante sur le lac. On ira diner au restaurant Ageoca, et vous serez sans doute d’accord avec nous pour lui décerner d’office une première étoile ! Au petit matin, les plus courageux iront relever les filets avec le pêcheur Jean-François Dagand, tandis que les autres paresseront devant leur petit-déjeuner en terrasse au bord de l’eau.

Un tour à Aix-les-Bains, une incursion au Théâtre, pour admirer les mosaïques de Salviati et les vitraux Art nouveau et un peu de route (A41), nous voici à Annecy.

Les vitraux Art nouveau du Théâtre d’Aix-les-Bains

L’entrée de la Maison des Pêcheurs

Antoine Cevoz-Mamy, chef de l’Ageoca au Bourget-du-Lac

« Sur le lac d’Annecy, on pourrait aller d’un restaurant à l’autre à saute-ponton ! »

Lac d’Annecy

Là, drame chez les gourmets, le choix est épique entre trois étoilés : choisirez-vous de monter à Annecy-le-Vieux, au Clos des Sens pour découvrir la cuisine aérienne, végétale (et succulente) de Laurent Petit, qui vient de recevoir sa troisième étoile ? Un très joli moment à passer sur la terrasse ombragée, après avoir déambulé entre les bacs où pousse à hauteur de regard une belle collection d’herbes et de simples et être descendu au grand potager en bas du jardin, qui fournit les cuisines en aromates, légumes, fruits et fleurs comestibles. Ou choisirez-vous de rejoindre la Maison de Yoann Conte (deux étoiles), installée sur la rive à Veyrier-du-Lac, dans l’ancien fief de Marc Veyrat ? Ou mieux encore, de poursuivre quelques minutes de plus pour rejoindre à Talloires l’auberge du Père Bise (deux étoiles) où officie désormais Jean Sulpice. Le lac se resserre, en face, le soir tombe sur la presqu’île et le château de Duingt. Si on restait dîner ?

La deuxième nuit sera tout près de là, pieds dans l’eau au joli Clos Marcel, dans une chambre qui n’est séparée du lac que par la pelouse où vous ferez votre yoga matinal en toute quiétude.

Lac Léman

« L’été, l’atmosphère balnéaire et joyeuse du Royal s’accorde au rythme du lac »

Lac Léman

Notre quatrième lac est une petite mer. Les sautes d’humeur du Léman sont célèbres. Miroitant au soleil, paisible, il s’enflamme sur un coup de vent… Mais entre les murs du « Jardin des Cinq Sens », à Yvoire, c’est la sérénité des parterres de simples, des charmilles et des haies buissonnières. Après avoir pris tout notre temps, noté les références des plantes et être passé par la boutique (une pépite !), on rejoindra notre quatrième table étoilée à l’hôtel Royal. Sous les fresques et les mosaïques de la galerie, la pyramide dorée de perches du lac Léman est déjà devant vous, le chef Patrice Vander vous prépare un risotto aux truffes …

Un dessert ? On a tout le temps ! Si on restait dormir ? Pour se réveiller devant la « mer »…

Pyramide de filets de perche du lac servie sous les fresques de la Galerie.