On doit au binôme Anne-Sophie & Jean-Marc Mouchet l’architecture intérieure de l’hôtel historique des Grandes Alpes, les suites présidentielles et le spa du Lana, ainsi que de nombreux chalets prestigieux à Courchevel, entre autres. Ce couple a élevé au rang d’art l’habillage intérieur. Chronique d’une réussite.

Si les Mouchet sont au sommet de leur art, ils sont restés simples d’approche. Surbookés, ils ont pris néanmoins une demi-journée pour nous faire découvri leur travail. La passion rend loquace ! Nous sommes sur les hauteurs de Drumettaz-Clarafond à côté d’Aix-les-Bains, ville thermale dont ils viennent de relooker le Casino historique. Très courtisé, notre tandem a du agrandir son équipe qui compte cinq personnes. Jean-Marc a préparé un magnifique book format A3 pour l’occasion. Il contient les dernières réalisations et projets dont le chalet Niagara d’une surface de 1450m2 sur six niveaux, un projet à la vente de Vallat Création.

Le fil rouge

 « Pour ce chalet de type hôtel particulier, je suis parti d’une peinture sur bois façon 19è de Giacometti, un artiste d’Annecy. Cette peinture que l’on retrouve sur les portes des chambres a été mon fil rouge pour l’ensemble de l’architecture intérieure », explique Jean-Marc. « Le fil rouge, c’est donner du sens aux choses, on a une approche marketing, ma femme vient de là ». Moulure Louis XVI sur l’ascenseur, bibliothèque intégrée dans l’entrée, tapisserie Hermès, lits à baldaquins revisités… à la vue des simulations 3D, on sentirait presque les planchers craqués tant elles renvoient une atmosphère feutrée. « On a travaillé le romantisme. La tour de Pise se déroule sur la montée d’escalier en hommage à l’Italie, pays de l’amour. On trouve aussi un couloir façon cabinet de curiosités. L’idée, c’est de créer la surprise pour chacun de nos projets ». Un exercice difficile qu’ils relèvent avec brio. Dans ce chalet, on retrouve aussi les mélanges bois brossé versus pierre brute car la patte Mouchet, c’est l’opposition de matériaux et de styles. C’est aussi l’humour, la poésie, la lumière et la transparence : « On s’est positionné sur du contemporain en montagne », résume Jean-Marc.

De la suite dans les idées

 Cette marque de fabrique émane de l’hôtel historique des Grandes Alpes dont l’ensemble des chambres a été reconverti en neuf suites l’hiver dernier. Jean-Marc confirme : « Les Grandes Alpes c’est du 100% Mouchet ; du chic contemporain qui passe les modes. Ici, on a travaillé sur des oppositions de matières : peaux de poulain versus bois brossé, velours versus cuir ». L’une des suites joue sur la notion de transparence entre la chambre et la salle de bain en pâte de verre. Le hors norme est également cher au duo : ainsi dans la suite de 300m2 du dernier étage découvre-t-on un canapé Flexform de six mètres de long face à la cheminée Focus centrale, quatre fauteuils Mooï, un lustre de l’italien Baga avec des perles Sicis. Les Mouchet sont des dénicheurs d’éditeurs et de designers de meubles, quand ils ne les dessinent pas eux-mêmes comme ces chevets façon valise, ces tables massives et ces chaises bi-matière : « Nous avons peut-être deux-cents marques parmi lesquelles nous faisons des choix régulièrement. Mais on essaie toujours de trouver le mouton à cinq pattes, d’aller chercher ce que les autres n’ont pas. C’est compliqué et c’est le boulot d’Anne-So », confie Jean-Marc. Le binôme travaille aussi beaucoup avec des artisans locaux et intègrent de plus en plus d’artistes dans leurs projets, par exemple le sculpteur Thierry Martenon qui a sculpté des prises de main de  portes, le designer Chery Bisch pour les tableaux… Anne-So s’y entend comme personne pour chiner, « c’est notre fourmi, elle s’occupe de tous les objets, jusqu’à la vaisselle ! »

Avec les Grandes Alpes, les Mouchet n’en étaient pas à leur première suite, pour les cinquante ans du Lana, hôtel mythique de Courchevel, ils étaient chargés de relooker les trois suites présidentielles et le spa Clarins avec une identité précieuse très marquée, « tout a été dessiné sur mesure » précise Anne-Sophie. «  C’est l’ébène de Bacassa, un bois précieux qui n’a rien à voir avec la montagne qui nous a inspiré car la façade du Lana était noire. Comme il a un côté hôtel du XIXè, on a utilisé Madame Récamier comme fil rouge avec un mélange de classicisme post moderne. On retrouve aussi notre idée d’opposition : on a mélangé des angles droits avec de la rondeur. » Des oppositions complémentaires comme ce couple uni dans la vie comme dans le travail.

Des âmes sœurs & complémentaires

« Tous les architectes d’intérieur devraient s’entourer d’une nana qui a fait du marketing ! », confie Jean-Marc. L’avis d’Anne-Sophie ?  « Avec Jean-Marc on travaille les projets à deux en amont : on discute ensemble des pistes qu’on va prendre, puis j’essaie de lui apporter la matière, de faire une recherche qui va l’aider ». Jean-Marc de rebondir : « elle me fait des planches tendances, ce qui m’oriente bien. En plus, comme on vit ensemble, non seulement on est immergé dans l’univers, mais on le vit, c’est ça qui est assez amusant ». La révélation, Jean-Marc l’a eu très jeune, pré-ado, il faisait déjà des maquettes de maison. C’est grâce à un prof clairvoyant qu’il a pu se réaliser : « j’étais en troisième et mon prof de dessin tenait à ce que je fasse ma seconde chez Boulle, une école d’archi reconnue sur Paris, mais mes parents ne m’ont jamais laissé partir. Grâce à mes profs, j’ai alors fait un stage de quatre jours chez Chanéac, un architecte aixois aux nombreuses références (l’aéroport de Chambéry, les immeubles penchés au bord du lac, les concours internationaux pour l’arche de la défense et Beaubourg…). Ce type était génial, quatre journées comme une révélation ».

Une rampe de lancement

Sa double formation aux arts appliqués et aux beaux-arts lui confère une grande polyvalence, le dessin étant à la base de tout. Cette polyvalence, il la renforce chez André Djian, architecte renommé de Chambéry axé sur le haut de gamme et avec lequel il a fait ses premiers pas en 1985. « J’ai appris le métier grâce à cet homme que j’adore, j’y suis resté sept ans avant de me mettre à mon compte en 1993. J’ai notamment été chef de projet de l’Antarès, le premier hôtel de luxe de Méribel, avec vingt-trois types de chambres. Pour un jeune de vingt-trois ou vingt-quatre ans, c’était un projet ambitieux et lourd, mais très formateur ».  La bonne école à n’en pas douter… Aujourd’hui les Mouchet sont très demandés, « on préfère refuser des projets plutôt que de faire du copier-coller ! » clament-ils en choeur. Leur dernière lubie : un chalet total look blanc et noir !

Texte : Sandra Stavo-Debauge / Photos : Studio Erick Saillet / Visuels 3D : Mouchet