Quelques jours avant d’obtenir le prix Mies van Der Rohe 2019, prix de l’Union européenne pour l’architecture contemporaine, l’architecte Anne Lacaton a donné une conférence à Annecy, en avril dans le cadre de la Semaine du développement durable, à l’invitation du Caue 74.

Avec conviction, elle a expliqué pourquoi transformer des bâtiments plutôt que de les détruire et comment créer des surfaces supplémentaires, sans surcoût. Une conception à contre-courant de ce qui se pratique habituellement. Une autre vision de l’architecture et de la construction.

Faire du neuf avec du vieux et oser ne rien faire quand le site est si beau.

S’il n’y avait que deux notions à retenir après avoir écouté pendant une heure trente Anne Lacaton, ce serait sans doute cela.

L’architecte Anne Lacaton préconise de conserver, transformer plutôt que de détruire.

Rechercher une architecture simple et efficace plutôt que de la poudre aux yeux.

Avec son agence Lacaton & Vassal, elle s’est fait connaître à travers la réhabilitation de la tour de logements Tour Bois-Le-Prêtre à Paris où la façade a été remplacée par des jardins d’hiver.

Tout en gardant leur logement et pour le même loyer, les habitants ont vu leur surface habitable doubler.

Ce projet lui a valu l’obtention du prix d’architecture l’Équerre d’Argent en 2011.

RÉINVENTER L’EXISTANT

Voici les notions essentielles et pleines de bon sens que l’on retrouve dans les projets d’Anne Lacaton.

On peut aussi les appliquer dans la vie de tous les jours !

Apprendre à faire avec l’existant

C’est-à-dire en tenant compte les habitants, de la nature et du site dans lequel s’inscrit le projet.

Parmi ses premiers projets, Anne Lacaton devait concevoir une maison entourée d’arbres dans le bassin d’Arcachon.

Au lieu d’abattre les arbres, elle les a inclus dans le projet.

C’est ainsi que les propriétaires se retrouvent avec plusieurs troncs d’arbres dans leur salon.

« Les arbres traversent la maison. L’architecture est à peine visible. Ce qui est important, c’est le paysage », explique Anne Lacaton.

Faire mieux et plus, avec moins

Ce qui demande à travailler intelligemment.

« Avoir moins d’argent n’est pas une contrainte. Il faut supprimer la complexité inutile car elle coûte cher ».

Transformer plutôt que de démolir

À propos des grands ensembles, elle dira : « Démolir un immeuble de 45 ans n’offre pas de meilleures conditions de vie ; il est plus intéressant d’ajouter, agrandir et donner plus d’espace pour faire plus et mieux ».

La stratégie consiste à ajouter des balcons et des jardins d’hiver soit une double paroi pour créer des lieux nouveaux.

Regarder l’existant avec un œil positif

« Se demander comment le réutiliser passe aussi par l’économie de geste et de matière et cela ne s’oppose pas à l’esprit d’inventer » explique l’architecte.

Faire avec le climat et économiser l’énergie

À ses débuts, Anne Lacaton a beaucoup appris en observant le monde agricole et en étudiant les serres.

« Les serres sont des constructions légères et technologiques très évoluées. C’est l’opposé de ce que l’on nous demande aujourd’hui » précise-t-elle.

Créer des doubles enveloppes

C’est sans doute la signature de son agence. Cela consiste à prolonger la partie habitation d’un immeuble, avec l’introduction d’un jardin d’hiver avec rideaux d’ombrage et d’un balcon.

« Un logement doit avoir les mêmes facilités qu’une villa ».

Transformer par l’intérieur

L’architecte part du principe qu’il faut penser l’espace de l’intérieur vers l’extérieur, mais toujours au cas par cas.

Elle préconise de toujours commencer par ce qui va bien, puis ce qui manque et ce qu’il faut ajouter.

« Vous êtes une femme de conviction et c’est sans doute le plus important dans notre métier. Votre conférence nous invite à réfléchir à comment mieux utiliser le sol » dira au terme de la conférence, Jean-Pierre Montmasson, l’un des nombreux architectes du Grand Annecy présents dans la salle ce soir-là.

À propos d’Anne Lacaton et son agence

Anne Lacaton (née en 1955) est diplômée de l’École d’architecture de Bordeaux en 1980.

Elle obtient un DESS d’urbanisme à l’université de Bordeaux en 1984.

Depuis 2017, elle est professeur à l’ETH Zurich. Elle co-dirige l’agence Lacaton & Vassal avec Jean-Philippe Vassal.

L’agence a obtenu de nombreux prix dont le Global Award for sustainable Architecture avec Frédéric Druot en 2018, le Grand Prix International Big Mat 2017 pour le Frac Nord Pas de Calais, Médaille d’or de l’Académie d’architecture en 2016, le Prix de l’Équerre d’Argent du Moniteur 2011 avec Frédéric Druot pour la transformation de la Tour Bois-le-Prêtre à Paris, le Grand Prix national de l’architecture 2008 en France.

Les architectes Lacaton & Vassal, Frédéric Druot Architecture et Christophe Hutin Architecture ont reçu le 7 mai dernier le Prix Mies van der Rohe 2019, prix de l’Union européenne pour l’architecture contemporaine. Ce prix récompense l’opération de transformation de 530 logements sociaux dans la Cité du Grand-Parc à Bordeaux.

Texte : Patricia Parquet
Photos : Philippe Ruault / Prix Mies Van Der Rohe 2019