Si autrefois, on se concentrait presque exclusivement sur la partie sport, effort, compétition, en passant tout notre temps à dévaler les pistes, on voit aujourd’hui les choses différemment. Séjourner à la montagne, c’est l’occasion de se ressourcer au contact de beaux paysages , de respirer grand (mais quel air respire-t-on ?), de boire du chocolat chaud, de découvrir des activités sensorielles, de prendre de nouvelles habitudes et de s’adonner à des expériences créatives.

Dossier réalisé par Noëlle Bittner avec Violaine de Saint -Vaulry

Recherche air pur désespérément…

Est-ce un mythe ou une réalité de dire que l’air est plus pur en montagne ? Depuis toujours on entend parler du fameux « bon bol d’air » et des bienfaits de l’atmosphère d’altitude pour se refaire une santé… À l’heure du réchauffement climatique, qu’en est-il ? Vraies et fausses idées reçues sur la question.

Par Violaine de Saint Vaulry

Au printemps 2019, le CNRS de Toulouse sortait une étude alarmante sur la qualité de l’air en montagne. Ayant analysé pluies et neiges en Ariège en 2018, les chercheurs ont trouvé un taux important de micro-plastiques. Une quantité quasi similaire à celle que l’on pourrait trouver en pratiquant les mêmes études dans des mégalopoles. Alors, où est-il passé ce fameux bol d’air pur ?

Tout vient des particules fines qui inondent l’atmosphère. Baptisées PM10 et PM 2,5 pour les intimes. Leur diamètre est inférieur à 10 micromètres ou à 2,5 micromètres. Par comparaison le diamètre d’un cheveu humain est de 50 à 70 micromètres. Ces particules peuvent être solides ou liquides. Bien sûr elles sont moins présentes en montagne et à la campagne que dans les grandes villes.

« Mais attention ! De quelle montagne parle-ton ? souligne Gaël Le Roux, chercheur au CNRS. Car la montagne est de plus en plus peuplée. Une ville comme Grenoble ou Chambéry, les alentours des tunnels transfrontaliers, ou les axes les plus empruntés n’ont rien à envier aux grandes agglomérations ».

Par contre il est certain que les hauts sommets ou les parcs nationaux bénéficient d’un air plus pur.

« La saisonnalité est aussi à prendre en compte, note Gaëlle Uzu, Atmosphéric Biogeochemist à Grenoble. En hiver, dans les vallées urbanisées on peut avoir des niveaux de pollution atmosphérique très importants. La France a été notamment condamnée par l’Europe pour des dépassements de pollution atmosphérique dans la vallée de l’Arve. »

Ainsi, en altitude, la qualité de la pureté de l’air, si elle est très variable (et pas du tout systématique) dépend de deux facteurs : les convections remontant de l’air pollué du fond des vallées et les formations d’ozone en altitude.

Du côté du réchauffement climatique, là aussi mauvaise nouvelle pour les sommets et la qualité de l’atmosphère.

« Le réchauffement induit de plus en plus de poussière dans l’air donc un nombre croissant de particules note Gaël Le Roux. Le retrait des glaciers dans les montagnes laisse place à des roches mises à nu. Ce qui entraîne plus de poussière dans l’atmosphère ». « Les impacts seront nombreux ajoute Gaëlle Uzu. Notamment sur les sources et les puits. En altitude, il devrait y avoir une formation d’ozone plus importante qui est un polluant gazeux oxydant d’où un impact important sur la végétation ».

Encore inconnus, les effets à long terme du réchauffement sur la pollution atmosphérique.

« Pour le moment nous étudions l’interaction entre le réchauffement et les polluants atmosphériques. Du fait du réchauffement, l’activité humaine va sans doute être modifiée et nous ne savons pas encore quelles réactions cela peut entraîner au niveau de l’air. La sécheresse, dans les Pyrénées par exemple, va modifier la façon dont les polluants se dispersent dans les rivières ».

À ranger avec les autres effets encore inconnus, mais supposés, du réchauffement. Pas sûr que ce soit une bonne surprise !

Un micro-climat dans les Hautes-Alpes ?

Sébastien Arnaud élevage de brebis mérinos

Un paysage minéral, dominé par trois hauts sommets de plus de 2.700 m, une activité souterraine avec de nombreuses cavités naturelles, le Devoluy, dans les Hautes-Alpes, se vit comme un massif à part. C’est l’avis de Sébastien Arnaud, qui perpétue la tradition familiale depuis 1817, avec son élevage de brebis mérinos et nous fait part de ses observations :

« Nous, on mesure de plus en plus au quotidien le changement climatique et on le vit difficilement. Il n’y a pas de saison, on n’a pas d’hiver, pas vraiment d’été, des gros coups de sec, moins de pluies régulières. Tout cela impacte le quotidien de notre élevage. »

« Mieux vaut qu’une bête mange de l’herbe fraîche plutôt que du fourrage moins riche, qui demande des compléments alimentaires. Tous les jours, je me pose la question comment parer à tout cela. Ainsi, dans l’entretien de mes terres, je vais essayer de ne pas couper d’arbres et les laisser pousser pour faire des zones d’ombre. Les haies, je vais les préserver au maximum. J’ai arrêté de faire du labour car dans le Dévoluy, les sols sont trop cassants et pauvres. Je préfère autant profiter de ce que la terre m’offre et entretenir simplement ma terre plutôt que de faire des labours au faible rendement. »

« C’est la configuration du massif du Dévoluy qui va nous protéger. Nous avons de belles montagnes qui nous apportent de l’humidité. Cela nous permet de maintenir une agriculture riche, raisonnée et des montagnes vertes ».

N.B.