Concentrer autant d’œuvres d’art et de design dans un chalet de 150 m2 est une folie de collectionneur.
Éditrice de mobilier, galeriste, spécialiste du design du XXIe siècle, Armel Soyer nous fait découvrir son nouveau lieu d’exposition à la montagne, près de Megève, et décrypte les points forts d’une telle mise en scène.

 

Dès l’entrée de ce chalet des années 50 entièrement rénové, l’œil est attiré comme un aimant par ce fauteuil à l’assise ronde, habillé d’un tissu imitant le bois, imaginé par la designer russe Olga Engel. Chaque création raconte une rencontre, une émotion et une aventure. Armel Soyer, avec la complicité de Gilles Pernet, son époux photographe et directeur artistique, a trouvé de la place pour les œuvres dans les trois chambres, les salles de bains, la cuisine ouverte sur le salon, le ski room et la montée d’escalier.

Tout paraît un peu fou et extraordinaire. « Ce chalet est une utopie ! Cette guest house sert de résidence aux artistes, à des clients et aussi de galerie d’art. Dans la vraie vie, les habitants vivent rarement entourés d’autant d’œuvres. Celles-ci sont exposées dans une petite surface de 100 m2, elles ne sont pas volumineuses contrairement à celles exposées dans notre ferme. J’ai invité des artistes plus abordables pour montrer que l’on peut vivre au milieu de très belles choses, sans être dans des budgets colossaux. »

UNE ŒUVRE SUBLIME UN LIEU

Que conseille Armel Soyer ? Accumuler les œuvres ou les saupoudrer pour créer un décor ? « Une œuvre d’art, ce n’est pas un décor. C’est une rencontre, une histoire, un coup de cœur. Je recommande de mettre une ou quelques pièces dans un chalet. Une belle pièce design trouve sa place partout. Elle donne de la singularité et rehausse un intérieur. J’aime le meuble que l’on peut bouger, emporter avec soi quand on déménage. Les meubles ne doivent pas être jetables, mais doivent se transmettre et posséder plusieurs vies », souligne-t-elle.

Les murs du chalet sont recouverts de sapin brossé que Gilles Pernet a teinté de manière irrégulière pour le rendre très présent. « Nous voulions un intérieur cocooning et chaleureux, contrairement au chalet des années 50 en béton. Les éléments naturels comme la pierre et le bois, qui rappellent la montagne, occupent une place importante. Nous ne sommes pas décorateurs et les espaces n’ont pas été habillés en fonction des œuvres », renchérit la galeriste qui adore les contrastes de matières.

Le point commun entre toutes ces œuvres ? Elles sont fabriquées à partir de beaux matériaux parfois très simples, mais travaillés de manière originale afin d’en sublimer les détails. Dans ce chalet proche de la forêt et des montagnes, la poésie des objets apaise et invite à voyager dans des univers hors du commun.

La galerie Armel Soyer Alps se visite tous les jours sur rendez-vous.

 

« Dans un petit espace comme ce coin salon, nous avons installé un canapé XXL. Faire rentrer du mobilier imposant dans de petits volumes transforme le lieu. »

Canapé « Igloo » de Mathias Kiss en mohair de Kvadrat (3 m x 3 m), tapis « Envolée » de Cristina Celestino (CC Tapis), table basse « Punto Nero » en bronze d’Irene Maria Ganser, panier en vannerie et bois de l’artiste irlandais Joe Hogan, fauteuil avec tissu trompe l’œil bois de la designer russe Olga Engel, buffet en chêne de Denis Milovanov, lampe en bronze de Thomas Duriez, rideaux Bisson Bruneel, lampadaire en porcelaine et fer forgé d’Olga Engel et photographie de Gilles Pernet. Au sol, pierre de Luzerne et peau Norki.

 

« Depuis la porte d’entrée, le visiteur découvre cette perspective qui donne l’ambiance, sans tout dévoiler. »

Fauteuil avec tissu trompe l’œil bois de la designer russe Olga Engel, buffet en chêne de Denis Milovanov, lampe en bronze de Thomas Duriez, photographie de Gilles Pernet, peau Norki, chaise en bois de récupération de Piet Hein Eek, panier en vannerie et bois de Joe Hogan et à droite panneau mural en chêne scarifié de Jean-Baptiste Cugerone.

 

« La rampe d’escalier des années 50, avec ce magnifique garde-corps, a été conservée en état. Le tissu est incrusté dans les panneaux de bois pour apporter des touches de textile, de la couleur et créer du rythme. Cette harmonie de bleu et de vert est une allégorie de la montagne. »

Murs habillés du tissu « Coup de foudre » de Dedar, deux appliques « Émotion » d’Olga Engel et miroir en chêne massif de Denis Milovanov.

 

« Totale immersion dans le bois ! Le génie du designer Piet Hein Eek a consisté à poser du vernis ultra-brillant sur les planches de récupération de la table pour lui offrir un côté précieux. »

L’ensemble du mobilier est de Piet Hein Eek. La table et les chaises sont réalisées à partir de bois de récupération. Suspensions et appliques en cuivre de Piet Hein Eek.

 

« La cuisine a été réalisée par Jean-Luc Gobo, compagnon et menuisier du village. Nous avons évité les bordures lisses du plan de travail en granit et privilégié l’aspect brut de la pierre ; c’est comme si elle était cassée. Nous avons ajouté des bandes de cuivre au-dessus des tiroirs pour apporter un peu de lumière. »

Cuisine réalisée sur mesure en sapin brossé et teinté. Planches à découper dont la surface est sculptée, réalisées par Denis Milovanov. Chaise de ferme revisitée par Piet Hein Eek où apparaît l’écorce sur les côtés de l’assise. Vaisselle, avec pigments de métal, de la céramiste Ema Pradère.

 

« La chambre offre une immersion dans la forêt à travers la tapisserie qui recouvre une partie des murs et du plafond. Nous nous sommes amusés à imaginer des chambres toutes différentes pour nous faire voyager. »

Sur les murs et le plafond, toile de lin, coton et viscose « Schwarzwald » de Dedar, doux au toucher. Rideaux Dedar. Draps en lin Merci, courtepointe Dedar, lampadaire de Thomas Duriez, chaise en bois de Piet Hein Eek, guéridon en bronze imitation bois avec des « branches » de Samuel Mazy, sculpture de Stéphane Mouflette, lit en châtaignier non écorché de Christian Astuguevieille, collection « Bois et Forêt », suspension vintage dans l’angle.

 

« Nous avons pris le parti de conserver le cosy de lit en chêne des années 50. Il peut être ringard, mais il suffit d’ajouter des éléments contemporains comme cette table de chevet pour le rendre plus moderne ».

Tête de lit en chêne, sculptée à la gouge, de Denis Milovanov. Table de chevet « Premier » en séquoia, teintée à l’encre et picots d’acier, surmontée de la lampe en bronze de Thomas Duriez. Linge de lit Merci et fourrure en tour de sommier Norki.

« Nous aimons dénicher de beaux matériaux rares et les mixer. Dans cette salle de bains, nous avons mélangé de la pierre mate, du cristal de roche, du laiton brossé et du bois teinté. Le mélange du raffiné et du brut me plaît beaucoup. Chaque objet se détache. »

Deux suspensions en cristal de roche de Christopher Boots encadrent le miroir en chêne massif réalisé à la tronçonneuse par Denis Milovanov. Pierre naturelle « Autumnus Dark » de Hullebusch, robinetterie « O » en laiton brossé de THG, plan de travail et murs en marbre (traitement mat) acheté en Belgique, plafond en bois teinté.

 

« J’ai demandé au designer Piet Hein Eek d’imaginer un ski room dans l’esprit d’un vestiaire, comme dans les clubs de sport. À première vue, le meuble semble classique. Toutes les serrureries sont dessinées et réalisées dans son atelier. C’est ce qui contribue à la beauté de l’objet. À l’intérieur, il existe un espace pour mettre les skis, poser les gants, accrocher le casque, les vestes et même un récupérateur d’eau en laiton. C’est un pur exercice de design ; allier la fonction à la beauté ».

Rangement pour les skis et accessoires en chêne du designer néerlandais Piet Hein Eek. Banc en bois de Denis Milovanov.

 

 

Texte : Patricia Parquet
Photos : Gilles Pernet