Courchevel_Apogee_07
India Mahdavi et Joseph Dirand, tous deux architectes d’intérieur réputés dans le monde entier, ont aménagé ensemble leur premier hôtel de luxe à la montagne, l’Apogée au cœur du Jardin alpin de Courchevel. Quelques jours avant l’ouverture, ils nous ont confié l’esprit de leur travail, leurs choix esthétiques et leur approche du luxe en altitude.

Par Patricia Parquet. Photos : Adrien Dirand

De Paris, à New York, en passant par Londres, Miami, Tel-Aviv ou Hong-Kong, India Mahdavi et Joseph Dirand aménagent des lieux remarquables pour de riches hommes d’affaires, des people, des collectionneurs d’art… Les restaurants, les boutiques de grande marque, les cafés, les résidences privées, les hôtels, aménagés avec élégance par ces architectes-designers deviennent des lieux mythiques. Sollicités chacun de leur côté par le groupe Hôtels Oetker Collection pour réaliser un nouvel hôtel de luxe à Courchevel, les deux architectes, amis dans la vie, ont décidé de relever ensemble ce magnifique défi.

Vous fonctionnez comme des metteurs en scène qui racontent des histoires. Quelle histoire avez-vous eu envie de raconter à l’Apogée ?
India Mahdavi : Nous avons recherché un raffinement plus urbain, plus proche de ce que l’on trouve en Suisse ou dans le Tyrol, dans des châteaux ou des grandes maisons.

Joseph Dirand : Lors de notre premier rendez-vous avec India, nous avions les mêmes images en tête, celles de la maison de maître en Suisse. L’Apogée, nous l’avons imaginé comme une maison devenue hôtel ; un lieu attachant dans lequel les gens reviennent d’année en année.

India Mahdavi, vous êtes connue pour vos univers technicolors, le métissage des styles et des époques. Joseph Dirand, vous êtes considéré comme « l’architecte des intérieurs radicaux ». J’imagine que vous avez dû faire quelques compromis ?
India Mahdavi : Je n’aurais jamais réalisé de projet technicolor pour l’Apogée. Je me suis amusée à utiliser la texture comme couleur. Nous avons travaillé des couleurs sourdes car les hôtes ont passé leur journée dans la neige, nous ne voulions pas les éblouir avec du blanc trop présent.

Joseph Dirand : India a imaginé un projet plus minimaliste que d’habitude. Quant à moi, j’ai travaillé sur un projet plus coloré, plus rond. Cela nous a poussés à réaliser quelque chose de différent par rapport à nos habitudes et à nous faire progresser. Nous racontons une histoire avec l’esprit de l’un et de l’autre.

De quelles manières avez-vous mis en valeur le bois ?
Joseph Dirand : Nous avons privilégié le bois teinté clair pour des pièces à vivre de jour et du bois foncé pour les endroits fréquentés le soir. Il n’a pas été utilisé de manière brut. Nous avons également marié le marbre au bois. »

India Mahdavi : J’ai utilisé le bois sur le plafond de certaines chambres, sur les portes de la salle de bains. J’ai mis des volets intérieurs en bois entre la chambre et la salle de bains.

La ville influence la montagne où les hôtels deviennent design. Selon vous, à l’avenir y aura-t-il moins de différence entre les établissements en ville et ceux en montagne ?
Joseph Dirand : En altitude, on vit dans le froid toute la journée, on rentre fatigué du ski, exposé à une lumière intense. L’hôtel est semblable à une fourrure qu’on revêt pour se lover au chaud. On se laisse caresser par une lumière douce qui vient reposer les yeux, l’esprit et la peau. Aujourd’hui, les gens accordent plus d’importance au design, car ils sont plus exigeants, voyagent énormément et vivent de multiples expériences.

India Mahdavi : En pleine saison, Courchevel fonctionne comme une ville. Nous n’aurions pas proposé le même projet s’il s’agissait d’un chalet isolé dans la montagne. Je n’aime pas le terme hôtel design. Je suis sensible au confort moderne, sans que ce soit design.

Votre définition du luxe à la montagne ?
India Mahdavi : Le luxe, c’est habiter un lieu chaleureux, confortable, protégé, tout en étant sexy !

Joseph Dirand : C’est un lieu qui vous répare le soir.