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Le tunnel du Mont-Blanc à traverser et tout change : soleil plein sud, pasta au menu, “ciao“! en traînant sur le a. Ajoutez le Mont-Blanc sous l’angle préféré des alpinistes, celui des grandes voies, un angle inhabituel qui le fait paraître plus dur, plus âpre, plus escarpé, des forts incroyables juchés sur des pics, comme le Fort de Bard transformé en musée contemporain, des châteaux tapissés de trophées de chasse, des vestiges romains sous la neige… Une Via Roma de tous les caprices : la banquette Fiat 500 de Lapo Elkann, l’unique boutique Moncler Baby et les cashmeres sur les étals du marché, le Caffé et son décor inchangé depuis 1910 et la société des guides fondée en 1850, aux grandes heures de l’alpinisme, vous avez Courmayeur, chic, joyeuse, allurée, complètement ailleurs et néanmoins tout près.

Par Noëlle Bittner. Photos Jo Pesendorfer

 

Madame Catellino vend des cartes postales, des journaux et les meilleurs cigares alentour. A côté, le fils de l’épicier, un ex du marketing, a inventé une craquante ligne de tablettes de chocolat Mont-Blanc. Un énorme Donald Duck occupe la vitrine de Moncler Baby, la seule en Europe à recruter ses clients dès 18 mois. Le Caffé della Posta n’est pas seulement le rendez-vous des guides et des jolies skieuses, tout le monde y vient et c’est ça Courmayeur. Un naturel délicieux, pétillant, haut de gamme mais bon enfant. Question d’éducation. Les rejetons de ces grandes familles qui sont venues bâtir de gros chalets en pierre grise et bois sombre viennent pour le week end de Milan, Turin ou Gênes. Bons skieurs, car ici c’est le royaume du grand ski et du hors piste. On passe son temps à côtoyer le Mont-Blanc. Mais on peut aussi ne pas skier, faire des balades magiques le long du torrent dans le Val Ferret, et arpenter la Via Roma, concentré d’Italie où tout le monde se côtoie, s’embrasse, s’interpelle.

La variété des paysages surprend : pics, arêtes, vallées profondes comme des ravins où le soleil ne pénètre pas de novembre à mars, sources thermales chaudes qui jaillissent, torrent qui dévale la vallée, chahute en cascadant, contourne les grosses pierres laissées par les glaciers, forêt de mélèzes et de sapins où se cachent les plus beaux chalets. A 1224m, on est dans la zone boisée mais au-dessus, c’est l’âpreté, le vertige des arêtes de la série des 4000.

En descendant dans la vallée, les pentes sont hérissées de châteaux, plus d’une vingtaine dont une douzaine se visitent. Entre les beaux vestiges romains d’Aoste et le Fort de Bard à l’intérieur transformé en musée contemporain, Courmayeur est la seule station où l’on choisit le matin entre le ski et la visite d’une résidence seigneuriale !

Pour profiter de Courmayeur tout en dormant au calme d’un adorable hameau, on séjourne à l’Auberge de La Maison, à Entrèves. A l’orée des maisons de pierre, aux toits débordants formant des ruelles couvertes autour de la chapelle qui sonne les heures, on se régale des réveils face au lever du soleil qui balaie en rose le sommet du mont Blanc.

Changement de rythme ? Pour passer en mode détente, la navette des Thermes de Pré Saint Didier vient vous chercher. QC Termes (prononcer Cucci), a repris cet établissement dont les sources chaudes étaient déjà connues des Romains, pour en faire un lieu de bien-être et non plus de cure. Concept plaisir et esprit déco sont  assortis. Les Thermes occupent deux bâtiments début XIXe ( dont l’ancien casino, avec ses plafonds peints bucoliques), le décor d’origine a été conservé avec ses boiseries, plafonds peints, murs chaulés de rouge corinthien, les petites salles qui se succèdent, sur le thème de l’eau, de l’air, du feu, et du sel. La clientèle est très jeune et vient se détendre entre amis dans les divers saunas, hammam, brumisation du corps, savonnage au savon d’Alep monté en neige, bains Kneipp, et grand bassin extérieur entouré de chalets sauna d’où l’on a une vue sur le massif du Mont-Blanc. A la tombée de la nuit, les photophores s’allument sur les tables, les torchères s’embrasent autour du bassin fumant, c’est le rendez-vous de la jeunesse dans une atmosphère de bains antiques !

Quand on veut changer de paysage, goûter les grands espaces, on va à Cogne. On se promène en traineau à cheval dans la haute vallée de Valmontey à près de 1700m, en suivant les traces des lièvres blanc. Un rocher qui “bouge“ sur les pentes abruptes ? C’est un chamois ou un bouquetin. Paradis de la haute montagne, des alpinistes, des escalades sur glace comme du ski de fond, le Grand Paradis est un parc naturel qui flirte avec les 4000 m.

Longtemps inaccessible en hiver, sa route tortueuse bloquée par les avalanches, le village a gardé ses traditions plus encore qu’ailleurs. 1400 habitants et presque autant de joueurs d’accordéon et 32 hôtels de famille à commencer par le Bellevue. Fondé en 1911, c’est une affaire de famille où chacun contribue selon son talent, le papa désolé de voir se perdre des centaines d’oranges pressées pour le fameux spremuta a eu l’idée d’un hammam aux effluves d’agrumes, où les demi peaux d’orange exhalent sous la vapeur leurs parfums.

Le Bellevue vient de créer un spa de 1500m2 qui a reçu le prix du plus beau spa d’Europe. On y enchaine tous les soins, sauna, hammam, salle de fitness, piscine à remous, à douches, salle de glace, relaxation sur des matelas d’eau ou de foin.

Vous l’avez compris, ne cherchez pas le design à Courmayeur, on y cultive la tradition dans sa version la plus authentique et à Cosy, ce n’est pas pour nous déplaire.