Si les contraintes techniques, environnementales et bien sûr l’esthétique sont essentielles en architecture, l’habitat doit aussi s’adapter aujourd’hui et plus encore demain aux évolutions récentes de nos modes de vie. Des évolutions qui soulèvent de nouveaux enjeux et défis mais aussi modifient notre manière d’habiter notre home sweet home.

Par Alice Morabito

Boom des familles monoparentales, vieillissement de la population, développement des colocations, du télétravail ou encore étalement urbain dans les campagnes proches des grandes métropoles… Autant de changements survenus en un demi siècle qui ont modifié notre manière séculaire d’habiter, soulevant de nouveaux défis et enjeux. Lesquels ? Principalement l’énergie (avec la problématique du réchauffement climatique), l’environnement (avec des métropoles saturées et des campagnes à préserver), la modularité des espaces ou encore la connectivité.

Le plan local d’urbanisme intercommunal Habitat et Déplacements du Grand Chambéry vient d’être approuvé en décembre après trois ans de travail.

LES SCÉNARIOS ENVISAGÉS

En vue d’imaginer une voie viable dans laquelle s’engager et qui éviterait tant une concentration excessive dans les grandes villes qu’un étalement incontrôlé dans les campagnes, une étude poussée a été menée par le think tank Terra Nova de 2017 à 2018 sur l’habitat de demain*. Résultat ? Quatre scénarios ont été dégagés. Un premier sur la concentration métropolitaine, peu souhaitable, où les métropoles s’étaleraient et la fracture territoriale (avec des territoires délaissés) s’intensifierait.

Un deuxième scénario, celui de la saturation urbaine, où la qualité de vie n’étant plus attractive en ville, l’arrière-pays et les petites villes auraient la faveur des gens, en dépit d’un clivage culturel ville-campagne fort.

Troisième scénario ? Celui de la révolution du partage, un brin utopique, où la dynamique viendrait de l’évolution des modes de vie qui ferait que les grandes villes redeviendraient plus agréables à vivre… telle la tendance, déjà amorcée, de diminuer le nombre de voitures et donc de nuisances en ville.

Enfin un dernier scénario d’équilibre, celui du réseau des métropoles, où le dynamisme métropolitain se diffuserait pour irriguer une vaste partie du territoire. Les zones rurales éloignées auraient alors des avantages comparatifs à ceux des métropoles dont elles tireraient parti, que ce soit en termes de tranquillité, de coût de la vie ou de paysage naturel. Les villes moyennes à la périphérie des métropoles se développeraient pour prendre le relais des grandes métropoles, constituant un réseau urbain où l’ensemble du territoire serait mobilisé…

LES APPLICATIONS LOCALES

Les grands projets locaux mis en œuvre en Savoie, comme à Chambéry, tiennent compte des défis et solutions soulevés par ces différents scénarios. L’agglomération du Grand Chambéry a ainsi lancé un très vaste projet en 2016, La Fabrique du Territoire, qui lui a permis de dresser une cartographie précise mais aussi une visio prospective et la liste des actions à mener en termes d’aménagement et de développement. Le plan local d’urbanisme intercommunal Habitat et Déplacements** (PLUi HD) du Grand Chambéry vient, lui, d’être approuvé en décembre après trois ans de travail (plan mené en complémentarité étroite avec La Fabrique du territoire). C’est donc dans une perspective d’optimisation des surfaces habitables en ville, avec la réhabilitation de sites existants, de partage des espaces, mais également avec une mixité des usages et de logements adaptés aux nouveaux modes de vie que la ville de Chambéry a mis en place des projets majeurs qui redessinent son visage. En somme, un territoire durable et cohérent en matière d’urbanisme, d’habitat et de déplacements avec un développement maîtrisé qui intègre le renouvellement urbain tout en préservant les espaces naturels et agricoles… l’idée étant d’allier urbanisme et présence de la nature en ville.

L’ensemble immobilier Constellia, conçu par Savoisienne Habitat en copromotion avec le Groupe Pelletier, à Sales (74) comprend 3 résidences d’appartements neufs du T2 au T4 et 12 maisons groupées de 4 pièces.

La résidence Luminance, réalisée par Priams à Annecy (2019). Entre l’avenue de France et le chemin du Maquis, ce programme s’organise en un ensemble de 3 bâtiments très élégants qui mêlent transparence du verre, bois, métal, teintes minérales et végétales avec des terrasses partagées qui relient les bâtiments entre eux.

C’est le cas du quartier connecté de La Cassine, au cœur d’un vaste projet de revalorisation urbaine tourné vers les entreprises du digital, avec la création d’un pôle multiéchanges de locaux et de services partagés, notamment pour les startup. Le projet Vetrotex, ancien site industriel dédié à la fabrication de verre textile voit se construire, lui, un écoquartier qui, loin d’opposer la ville et la campagne, les hybride, permettant aux habitants de bénéficier des avantages de ces deux univers que plus rien n’oppose désormais. L’écoquartier de Villeneuve à Cognin préfigure, de son côté, un très joli projet de vivre ensemble avec des bâtiments qui ne dépassent pas quatre étages et tous dotés de cours, avec une vue sur la nature environnante et des commerces à deux pas. En somme, autant de solutions destinées à préserver les ressources, garder les villes ouvertes à tous et concevoir des logements adaptés à nos besoins.

*Habiter dans 20 ans, rapport de février 2019 rédigé par Marc-Olivier Padis (directeur des études de Terra Nova) à partir des travaux d’un groupe de réflexion composé d’experts du logement (économistes, juristes, urbanistes, architectes…) animé entre novembre 2017 et novembre 2018 à Terra Nova par Frédérique Lahaye, cocoordonnatrice du pôle logement.
**Le plan local d’urbanisme intercommunal Habitat et Déplacements (PLUi HD) vise à planifier et gérer le développement et l’aménagement du territoire sur l’ensemble des 38 communes de l’intercommunalité à l’horizon 2030. Il remplacera les documents d’urbanisme communaux et tient lieu de programme local de l’habitat et plan de déplacements urbains. Il est le premier PLUiHD de la région Auvergne-Rhône-Alpes mis en place.

L’IMMOBILIER DEMAIN

Vincent Pavanello, coauteur de L’immobilier demain, La Real Estech, des rentiers aux entrepreneurs (avec Robin Rivaton, Éditions Dunod, 2017), nous en dit un peu plus sur l’habitat de demain… Selon lui, les trois points essentiels sont : comment construire, comment gérer et comment occuper.

1 Sur la manière de construire, il faut faire plus vite et moins cher, avec une empreinte énergétique minimum. Or, ce n’est pas le cas, car à chaque fois on construit tout pour chaque chantier. Demain, une partie du bâtiment sera fabriquée hors site, en usine, comme c’est déjà le cas par exemple aux États-Unis et au Japon, et on assemblera sur site. Toutes les tâches répétitives seront assurées par des robots intelligents. On améliorera, comme on le fait actuellement, l’impact environnemental en utilisant des matériaux qui captent le CO2 tel le bois.

2Sur la gestion de l’habitat, tous les métiers liés au logement évoluent avec les nouvelles technologies comme, par exemple, les syndicats de copropriété et la gouvernance en ligne qu’il s’agisse de votes, de déclarations de sinistre…

3Concernant l’occupation, ce qui est central est l’évolution des modes de vie, avec des parcours de plus en plus accidentés telles les séparations qui augmentent le nombre de déménagements, la dépense de mobilier… Ainsi, tout ce qui va faciliter la mobilité comme des logements meublés déjà équipés en wifi, des habitats personnalisables, vont en ce sens.

« Il faut construire plus vite et moins cher, avec une empreinte énergétique minimum ! »

L’HABITAT DURABLE

Si la tendance écologique est largement amorcée, d’ici 2050, l’habitat devra de manière significative participer à la « neutralité carbone » avec des bâtiments et des logements toujours plus économes en énergie mais aussi « passifs », c’est-à-dire qui ne consomment pas d’énergie ainsi que « positifs », produisant alors plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Car le secteur du bâtiment, qui comprend le résidentiel et le tertiaire, représente 20 % des émissions nationales *. Une donnée incontournable sachant que le changement climatique induit une hausse des températures (plus forte dans les villes qu’en zone rurale) et donc une hausse de la consommation d’énergie avec notamment l’utilisation croissante de la climatisation.

Les solutions à mettre en œuvre ? Côté urbanisme, les villes vont « reverdir », telles les cours intérieures et les cours d’écoles, les toits. L’utilisation de matériaux absorbant la chaleur sera bien sûr privilégiée. Côté bâtiment, la priorité est aux constructions et rénovations durables. Car les logements neufs consomment deux fois moins d’énergie, qu’il s’agisse de chauffage ou d’eau chaude sanitaire, grâce à des techniques de construction et des matériaux toujours plus économes et durables : matériaux locaux, isolants recyclables telle la laine de chanvre ou le lin, énergie propre tel le photovoltaïque, meilleure exposition du bâtiment, parfaite isolation et étanchéité…

Source : étude Terra Nova

Si la tendance écologique est largement amorcée, d’ici 2050, l’habitat devra de manière significative participer à la « neutralité carbone ».

Le Petit Leysse, signé Patey Architectes, unprogramme de 36 logements sociaux réalisé pour l’OPAC de la Savoie.

L’HABITAT MODULABLE

Autre point essentiel, celui de l’espace. Car si l’habitat ne peut se développer indéfiniment par l’occupation de nouveaux espaces, il doit l’être par une meilleure utilisation de celui-ci. D’où la nécessité de réfléchir et d’imaginer des habitats flexibles, capables d’évoluer dans le temps au fil des changements de la vie familiale et de nos besoins : nombre de personnes vivant au foyer, composition familiale, évolution des besoins au fil de l’âge… Une démarche facilitée pour ceux qui vivent en maison ou en pavillon (pouvant par exemple réutiliser un garage ou un grenier) mais difficile à envisager en appartement.

Aussi, de plus en plus de promoteurs intègrent désormais dans leurs programmes une pièce en plus à usage variable : annexe, bureau, chambre d’étudiant ou d’amis voire pour une personne âgée. D’autres proposent des systèmes de simples cloisons qui se posent ou se retirent facilement et permettent ainsi de couper une pièce en deux ou de modifier sa taille. Les résidences, elles, intègrent pour chaque pièce des systèmes de ventilation, de multiples prises électriques, arrivées et évacuations d’eau afin de pouvoir la transformer facilement comme un grand bureau en studio tout confort.

Enfin, les modules se développent côté maison, permettant des extensions faciles (sans parler de l’engouement pour les Tiny houses, ces micro-maison à mi-chemin entre la roulotte et la maison, ou pour les cabanes en bois). Une démarche qui se retrouve jusque dans la conception architecturale des nouveaux quartiers qui combinent à un même endroit habitat, travail et loisirs et peuvent offrir des espaces partagés avec de nouveaux services à la clé pour leurs habitants dont des terrasses, jardins, salles de sport. Bref, une nouvelle manière d’habiter qui rappelle les projets utopiques imaginés après-guerre comme la Cité Radieuse du Corbusier.

La Douce Folie, signée European Homes, et ses jardins privatifs, balcons et terrasses… tout près de la plage de Sévrier.

POUR OU CONTRE LINKY ?

Destiné essentiellement à limiter la consommation des usagers aux périodes de pointe, le compteur Linky fait débat.

Certes, il a des atouts, comme le fait de permettre un comptage plus précis de la consommation, et donc une meilleure maîtrise de la dépense énergétique avec des tarifs adaptés à la consommation réelle, un relevé à distance et une détection des pannes et de fait des interventions plus rapides. Le gestionnaire du réseau peut ainsi récupérer tous les jours les données, sans attendre le passage du releveur tous les six mois ou le relevé mensuel par les usagers, et peut connaître chaque jour la consommation de la veille, heure par heure… Et c’est ce qui fait débat, étant donné le suivi très – trop – précis de ce compteur qui empiète sur le domaine de la protection des données personnelles. Sans parler du rayonnement émis par le boîtier, à savoir des ondes électromagnétiques induites par la technologie CPL (courant porteur en ligne) et que certains estiment dangereuses pour la santé, voire cancérigènes. Une « pollution électromagnétique » de plus, même si les niveaux d’ondes sont a priori en dessous des limites autorisées par la réglementation française…

Une « pollution électromagnétique » de plus, même si les niveaux d’ondes sont a priori en dessous des limites autorisées par la réglementation française.

Déjà à l’œuvre, le développement des outils numériques va considérablement modifier notre relation aux lieux et à l’habitat…

En haut : au cœur d’un vaste projet de revalorisation urbaine, le quartier de La Cassine a commencé sa mue, avec notamment le projet Linklab, premier ensemble immobilier du quartier qui sera tourné vers le digital. Un projet signé par l’agence d’architecture Patriarche (Le Bourget-du-Lac). Sur une surface de 10 000 m2 et deux bâtiments, Linklab proposera des bureaux connectés, des espaces de coworking et salles de réunion. Le bâtiment, qui doit être livré fin 2021, sera bioclimatique et comptera même un potager sur son toit.

LA MAISON CONNECTÉE

Déjà à l’œuvre, le développement des outils numériques va considérablement modifier notre relation aux lieux et à l’habitat, et ce notamment grâce aux objets et bâtiments connectés. L’objectif visé ? D’abord développer de nouveaux services pour les habitants mais aussi pour les gestionnaires afin de faciliter la vie et la gestion des logements voire des immeubles et même des quartiers grâce à des capteurs centralisant les données. Les « smart grids », qui intègrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication aux réseaux, notamment électrique, permettent ainsi de mieux gérer la consommation d’’énergie, mais également l’entretien des bâtiments, la sûreté, via des alertes à distance, la sécurisation des accès, ou encore la sécurité des personnes : détection des défaillances physiques et des accidents, accès aux informations proches du logement comme les transports, commerces, actus du quartier, e-conciergerie ou encore mise en relation d’habitants entre eux, diffusion de petites annonces…

Autant de services qui offrent de réels bénéfices aux personnes. D’ailleurs, les promoteurs immobiliers proposent toujours plus de logements connectés. Et si la domotique semblait uniquement réservée, il y a une quinzaine d’années, à des logements luxueux, la généralisation des objets connectés et la commercialisation grand public d’assistants personnels domestiques tel Amazon Echo ou Google Home a permis de démocratiser le tout connecté, qui n’en est qu’à ses débuts.

En somme, l’habitat de demain redessine avec intelligence et optimisme nos modes de vie évolutifs, révélant souplesse des usages, vie sociale active, le tout en tenant compte de l’environnement et de l’écologie. Un joli programme.

Le projet de l’îlot D du quartier Vetrotex conçu par l’agence Patriarche ou l’urbanité versus le paysage habité.

HORIZON 2020 !

Spécialisé dans le conseil en immobilier d’entreprise et l’investissement, le groupe CBRE a mené une réflexion prospective sur ce que sera l’immobilier à l’horizon 2030. Sébastien Lorrain, Directeur Résidentiel, nous explique les attraits de l’habitat collectif ou « multifamily ». Un investissement intéressant sur le long terme mais aussi une possible solution à la crise du logement…

« À l’orée 2030, la France comptera 8 millions de personnes de plus de 80 ans. Il y aura donc des besoins spécifiques en termes de conception des logements et de localisation. »

« Nous sommes à la croisée des chemins. Les municipalités et les pouvoirs publics réfléchissent à la problématique de la densification urbaine, et les investisseurs au placement de l’argent des retraités. Or, quoi de mieux que de placer dans le résidentiel pour la sécurité et le long terme ? Car il y a une évolution sociologique de la société française : de la famille nucléaire, avec l’augmentation des familles monoparentales ; du profil des actifs, avec de plus en plus personnes mobiles, et qui connaissent des parcours fragmentés tant au niveau de l’entreprise qu’au niveau géographique ; et de la pyramide des âges, avec de plus en plus de seniors. À l’orée 2030, la France comptera 8 millions de personnes de plus de 80 ans, sachant qu’aujourd’hui, ils sont 4 millions.

Il y a donc des besoins spécifiques en termes de conception des logements et de localisation. Aujourd’hui, on fait de plus en plus de logements collectifs en centre-ville et non plus en péri-urbain, afin d’être proche des lieux d’activités, de loisirs. Tout ramène vers la centralité, qu’il s’agisse de logements collectifs ou individuels.

Le multi-family, patrimoine locatif détenu par un propriétaire unique (ndlr. sociétés, groupes, fonds d’investissement, caisses de retraite ou compagnies d’assurances) est une tendance vers laquelle on va aller car elle est vertueuse. En effet, comme les gens vont dans les centres-villes, où il y a une inflation des prix et où il est difficile d’acheter, de plus en plus de fonds d’investissements et d’institutionnels investissent dans les centres-villes, développant une offre locative avec un standing homogène et plus qualitative, mais aussi mieux adaptée à la demande avec des services tels que des conciergeries, salles de sport, crèches, voire des restaurants pour les plus gros ensembles. Un modèle très développé aux États-Unis et en Asie et qui se développe en Angleterre. »

Le restaurant À vos Bols !, signé par Amevet Architectes à Ville-la-Grand (74).

« La particularité des deux Savoies est d’avoir une activité au niveau des stations. Elles tirent l’activité économique des vallées vers le haut. »

VISION D’ARCHI

Architecte d’intérieur spécialisé dans l’aménagement en montagne, Pierre-François Amevet fait également partie du réseau Cobaty, fédération internationale de la construction, de l’urbanisme et de l’environnement dont la charte éthique intègre des réflexions prospectives sur ce que sera la ville demain…

« Les questions de la densification et de la mutualisation sont essentielles. C’est un sujet d’ordre international, les gens allant en très grande majorité habiter dans les grandes agglomérations.

Plus on pourra densifier, mieux ce sera afin d’éviter le mitage foncier. Le modèle franco-français (ndlr. exit le pavillon) doit désormais s’atteler à mutualiser les équipements et les besoins. Comme pour l’énergie qui sera alors commune à plusieurs logements. Et ce n’est pas nouveau. Le Corbusier avec la Cité Radieuse pensait déjà à cela.

La particularité des deux Savoie est d’avoir une activité au niveau des stations. L’activité économique générée par celles-ci tempère la densification urbaine avec des services en montagne. Les stations tirent l’activité économique des vallées vers le haut. Ce sont des pôles géographiques dissociés et clairement atypiques par rapport au niveau national. Ainsi, il y a des transferts de densification dans des endroits perdus en montagne qui en fait donnent lieu à une double densité. Tout dépend donc de l’évolution de l’environnement et si les stations continueront à avoir une activité. Les grandes villes, elles, avec Annecy, Chambéry et Grenoble, sont comme des aimants, avec une activité importante.

Enfin, les constructions écologiques (ndlr. pour réduire la facture énergétique) sont l’autre grande tendance. Tout le monde y est confronté. En résumé, le collectif, avec la mutualisation, et la limitation des dépenses énergétiques sont des enjeux essentiels. »

L’HABITAT EN QUELQUES CHIFFRES

32 % des locataires font du prix le critère principal dans leurs recherches de logement. **

58 % des locataires allouent un tiers ou plus de leur budget à leur loyer. *

(Etude Elabe réalisée pour Alila Promoteur, La Tribune et BFM Business) 

En France, 61 % des locataires relèvent du parc privé, contre 39 pour le parc social (Insee Références).

40 % des Français sont locataires de leur résidence principale

(Insee SDES,Tableaux de l’économie, 2019)

 

L’habitat modulaire représentera près d’un quart des nouvelles constructions d’ici 2030.

Conteneurs aménagés, constructions en ossature bois, tiny houses ou immeubles de grande hauteur, l’habitat modulaire sous toutes ses formes s’installe dans le paysage de l’immobilier résidentiel, représentant un marché de 1,6 milliard d’euros.

(Les Echos Etudes, « Habitat modulaire : d’un marchéde niche à un marché de masse », décembre 2019)

 

En 2017, on compte 35 millions de logements en France (pour une population totale de 67 millions d’habitants) dont 29 millions de résidences principales, 3,3 millions de résidences secondaires et 2,9 millions de logements vacants. **

Le parc social français, avec 4,5 millions de logements, est l’un des plus importants d’Europe.**

La France est le pays d’Europe où l’on construit le plus.**

(Etude Terra Nova)

« Il est nécessaire de développer de nouveaux dispositifs en termes d’accessibilité financière pour les primo-accédants. »

Les clés de l'habitat participatif

VIVRE ENSEMBLE

Cofondatrice et habitante de l’habitat participatif Les Choux Lents, créé en 2011 près de Lyon, Audrey Gicquel donne toutes les clés pour réussir ce projet de vivre-ensemble. Se penchant sur le contexte, la dynamique des groupes, les montages immobiliers et financiers, cette ancienne ingénieure de l’Insa livre un ouvrage pédagogique, posant toutes les bases juridiques mais aussi relationnelles afin de relever les défis de la vie en groupe (communication, prise de décision…) pour créer son utopie !

Les clés de l’habitat participatif
Mes expériences du vivre-ensemble
Par Audrey Gicquel / Illustrations : Thierry Delisle
Éditions Yves Michel – 19,90 €

ENTRETIEN AVEC SAMUEL RABILLARD,
DIRECTEUR GÉNÉRAL DE SAVOISIENNE HABITAT

Réalisant des programmes immobiliers neufs, Savoisienne Habitat a la particularité de proposer des logements sociaux locatifs ainsi que des logements accessibles à la propriété et ce à un prix 15 à 20 % inférieur au marché. L’objectif étant de permettre à des ménages de revenus modestes de devenir propriétaires. Samuel Rabillard nous éclaire sur les grands enjeux de l’habitat de demain.

« Il est nécessaire de développer de nouveaux dispositifs en termes d’accessibilité financière pour les primo-accédants. L’habitat de demain pour les habitants des deux Savoies sera de dissocier le foncier et le bâti. Ce que nous faisons avec Orsol*, organisme foncier solidaire qui nous permet de proposer des logements 30 à 40 % en dessous du prix du marché et à des ménages d’accéder à la propriété sur un territoire très tendu. Pour les collectivités, cela permet de maintenir la mixité de la population. Les nouveaux PLUi vont dans ce sens-là, ce qui est souhaitable afin d’éviter un étalement urbain. Car on cherche la centralité, avec des sites réinvestis et réaménagés ou reconstruits. C’est le cas de Vétrotex, Savoisienne Habitat ayant remporté une opération de 120 logements sur ce site industriel réinvesti où l’on reconstruit la ville sur la ville. L’ancien siège de Savoisienne Habitat a d’ailleurs été transformé en 24 logements.

D’autre part, les familles monoparentales représentent une grande partie de la population. Les gens passent ainsi de locataires à propriétaires puis à locataires en raison des accidents de la vie comme les séparations ou les décès. Cela se traduit dans l’évolution des types de logements. Aujourd’hui, il y a une forte demande de T2 et T3 et non plus de T4-T5 comme dans les années 1970.

Le Valentinois à Aix-les-Bains (Savoisienne Habitat) et ses appartements du T2 au T4.

« Aujourd’hui, un logement est un bien de consommation au même titre qu’une voiture. Ce doit être un bien d’une grande souplesse car la moyenne d’occupation d’un logement est de dix ans et non plus d’une vie. »

En Savoie, il y a une forte demande de logements plus petits avec des services mutualisés en termes de partage de voitures, de salles d’activités, de buanderie ou de salles de bricolage… On tend vers un habitat participatif ou partagé avec une surface privative optimisée et le partage d’autres services. C’est un réflexe plus urbain en développement sur les deux Savoies car les nouvelles générations n’ont pas de velléités fortes d’acquérir une propriété pleine et entière.

Aujourd’hui, un logement est un bien de consommation au même titre qu’une voiture. Ce doit être un bien d’une grande souplesse car la moyenne d’occupation d’un logement est de dix ans – et cela se réduit –, et non plus d’une vie. Un logement correspond à un besoin du moment or, les besoins ne sont plus linéaires.

Enfin, 90 % de la population étant en ville, il y a également un besoin très important d’avoir accès à l’extérieur. Les petits espaces extérieurs en lien avec la nature sont de plus en plus recherchés comme des terrasses ou des petits jardins.

Demain, on peut imaginer des logements d’une grande souplesse permettant de modifier le lieu de vie simplement, comme des logements mieux équipés, voire meublés et facilement accessibles. »

* Grâce au bail réel solidaire (BRS), le ménage achète le bâti au constructeur et verse une redevance réduite pour le foncier à l’organisme foncier solidaire (Orsol). Le logement, lui, peut être revendu à un ménage de même profil, avec une plus-value encadrée, et un bail de même durée.

Le projet de l’agence Patrick Chavannes (AAUPC) qui hybride à merveille la nature et la ville.

LE GRAND CHAMBÉRY… DEMAIN

Après trois années de travail, le Plan Local d’Urbanisme intercommunal Habitat et Déplacements (PLUi HD) du Grand-Chambéry, mené en étroite complémentarité avec la Fabrique du Territoire, a été approuvé en décembre dernier.

Ses objectifs ? Un territoire durable et cohérent en matière d’urbanisme, d’habitat et de déplacements avec un développement maîtrisé intégrant le renouvellement urbain tout en préservant les espaces naturels et agricoles… l’idée étant d’allier urbanisme et présence de la nature en ville. En clair, le développement durable est l’un des piliers de ce PLUi HD qui a aussi pour ambition de protéger les zones humides et les ressources en eau ainsi que de favoriser la production d’énergie renouvelable en vue de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Le PLUi HD du Grand Chambéry en quelques chiffres :

  • 5 050 ha de surface d’urbanisation actuelle et future, soit 10 % du territoire de l’agglomération
  • 16 750 ha de surface agricole, soit 33 % du territoire
  • 29 000 ha de surface en zone naturelle et forestière, soit 57 % du territoire
  • 217 ha rendu aux espaces naturels ou agricoles, soit la taille de la commune de Jacob-Bellecombette
  • 1 000 ha de zones humides préservées et répertoriées
  • 128 ha boisés classés
  • 1 000 ha d’espaces paysagers à préserver