Dominant une mer de nuages d’où émergent les cimes neigeuses des Alpes bernoises, c’est l’image que l’on préfère de cette construction des architectes suisses Andreas Fuhrimann et Gabrielle Hächler, qui n’en sont plus à leur premier chalet. La force de ce projet c’est la vue qu’il offre sur la chaîne de montagnes. Chaque portion de paysage est découpée et encadrée dans une succession de fenêtres accolées, plus larges que hautes, un format d’écran panoramique pouvant aller jusqu’à 5 mètres de large. L’effet rappelle un peu ces polaroïds que l’on scotchait en ribambelle avant le numérique! La ceinture vitrée fait presque le tour de la maison, rythmée par panneaux. Le face-à- face direct avec la vue est accentué par la position extrême du bâtiment, ancré à la limite du terrain, en aplomb sur le vide. Comme un énorme roc qui aurait roulé jusqu’au bord de l’abîme.

 

Autre jeu d’illusion, de face, la maison paraît étroite et sans profondeur, son volume se perçoit de profil, avec cette curieuse forme en polygone, élargi au centre. L’entrée est placée de côté, dans la pente. Posés sur les fondations en béton, les éléments préfabriqués des façades sont faits d’un bois rugueux, au fini grossier qui évoque les cabanons et les chalets d’alpage d’autrefois. Tandis que le toit plat et la terrasse largement proéminente sont bien d’aujourd’hui. Si l’extérieur fait tout pour ressembler à une (belle) boîte, à l’intérieur l’espace est modulé. Les différences de niveaux, deux marches par-ci, une belle hauteur sous plafond par-là, créent autant d’atmosphères différentes. La cheminée jaillit du sous-sol comme un mât. Le béton non lissé et le bois blanc aux nœuds bien visibles jouent l’effet brut des volées de marche aux plafonds.
Perchée sur la pente du Rigi, dominant le village de Scheidegg –cent cinquante ans d’air frais réputé auprès des habitants de Zürich– cette construction, par sa simplicité audacieuse et ses matériaux bruts, fait le lien entre la cabane de toujours et le minimalisme contemporain.
Par Noëlle Bittner