Entrons dans le monde du « en même temps ». Finie l’hôtellerie classique qui déroule hall de réception, salons, salle à manger… « On veut faire des hôtels des lieux de vie, ça encourage à rendre les lieux polyvalents », explique Vanina Kovarski, brand manager du groupe Perseus. « Je ne dirais pas que tous nos hôtels sont ainsi, les plus anciens comme Val Thorens ou Courchevel, ne le sont pas entièrement, mais Les Roches Rouges que nous venons d’ouvrir est polyvalent à 100%.

Les autres, nous y travaillons, ainsi à L’Alpaga, à Megève, le joli chalet qui accueillait nos invités à leur arrivée n’était qu’un lieu de passage. Comme il avait de belles vues sur le Mont Blanc et de l’espace, nous y avons aménagé un salon autour d’un grand feu ouvert, des livres sur les tables, un bar pour se retrouver, on ouvre les portes fenêtres sur le brasero… Résultat, le staff n’est pas cantonné à donner les clefs, il est disponible pour organiser un diner, une sortie en montagne… »

Exit la réception !

Le concept du « en même temps » est synonyme d’espace ouvert. On a toujours fréquenté les bars d’hôtels pour voir et être vu.

Désormais, l’expérience s’élargit à tout l’hôtel. « Au Fitz Roy », poursuit Vanina, « les lieux s’enchainent sans démarcation, de l’accueil on passe au salon, où l’on peut snacker et qui se fait alors ‘salon à manger’, où se font les dégustations, où se donnent les concerts en live, le bar, la grande bibliothèque ».

« Mélanger les zones donne l’impression de rentrer dans un hôtel de vie », explique Romain Trollet, DG du groupe Assas. « C’est le cas au Rocky Pop. Ce sera le cas dans notre prochain 3 étoiles parisien : la réception se fera au bar, le bar sera au centre de l’espace et les barmen seront formés à la réception, alors que former les réceptionnistes à servir un verre ne fonctionne pas ».

Le concept est plus facile à appliquer dans les hôtels modernes avec une clientèle jeune. « Il sera décliné différemment dans notre nouvel hôtel à La Clusaz, où, dans un contexte huppé, nous avons opté pour un esprit chic retro, un lobby très vivant où l’on retrouve des petites zones à vivre ». Un soupçon d’influence Grand Budapest Hotel et art Déco », souligne Leslie Gauthier, architecte d’intérieur des hôtels, « un coin bibliothèques avec de profondes banquettes en cuir, un coin internet sous un vieux sac de boxe en cuir, (appelé poire de vitesse), un « honesty bar » dans un décor vintage où le client se sert lui-même. Nous n’avons rien inventé en faisant cela », précise Romain Trollet, « mais nous le mettons en valeur alors que d’habitude l’honesty bar est relégué au fond, en espérant que personne ne s’en serve ! »

L’attrapeur de rêves

Le concept du « en même temps » se retrouve dans différents lieux où on ne l’attendait pas, désormais le fromager a un coin dégustation, la librairie se double d’un salon de thé, le café a un corner internet… À Megève, Scarlett, est mi-librairie mi-boutique de curiosités.

Sa créatrice, Astrid Maillet-Contoz nous raconte : « On flâne, on s’assoit, on feuillette les livres, on a l’oeil qui traîne, on trouve le fauteuil superbe… eh bien, il est à vendre, comme tout le reste, la lampe, l’affiche, le livre bien sûr !… en ce moment il y a une collection d’affiches anciennes, j’essaye toujours d’avoir des objets curieux, amusants, insolites. Les gens viennent acheter un livre ou un cadeau – à Megève, on se reçoit beaucoup – et repartent avec une suspension de Murano ou un magnifique jeu d’échecs. »

Dans la recherche de l’expérience ultime, citons l’« attrapeur de rêves ». Thierry Teyssier, déjà à la tête de Maisons des Rêves, vient de lancer ‘700’000 heures’, l’hôtel nomade. Tous les six mois, un hôtel éphémère sortira des malles dans un lieu d’exception. Le « partage » autre mot clef de la nouvelle hôtellerie, sera de vous plonger dans la culture locale au travers d’expériences authentiques et six mois plus tard, de rendre aux autochtones les « hôtels » ainsi magnifiés.

En silence

Attention, disent certains, la réalité n’a pas besoin d’être augmentée. « Éteignez tout et le monde s’allume ! » Comme ils sonnent juste les mots de Sylvain Tesson*, adepte des Chemins noirs, « l’aventure, c’est ce qui se vit dans l’éclat du jour (…) l’expérience du sensible ». Et selon moi, il y aura toujours des voyageurs pour pousser la porte de l’éternel Hôtel Bellevue des Alpes (1840), tenu par la 5ème génération de la famille von Almen, s’asseoir dans un fauteuil à oreilles et regarder descendre la nuit sur la Jungfrau.

 

— par Noëlle Bittner

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