Faire du neuf avec de l’ancien, c’est ce que Jean-Charles Covarel a fait avec cet immeuble de Courchevel, La Forêt du Praz. Explications. Photos : Nicolas Joly

Souvent, en matière d’immobilier, les bonnes idées partent de principes simples. Ici, Jean-Charles Covarel et ses équipes ont rénové l’intégralité des parties communes de l’immeuble La Forêt du Praz et ont créé un nouveau niveau d’habitation sous une nouvelle toiture à deux pans en remplacement de la toiture plate existante… Comme disait Lavoisier, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme…
Le deal est simple : les travaux -6 000 000 € sur les parties communes de l’immeuble- ne coûtent rien aux soixante-dix copropriétaires, ils sont financés intégralement par la vente des appartement nouvellement créés sur la nouvelle surface habitable rendue disponible sous la nouvelle toiture, soit  800 m².

Réfection, imagination
La Forêt du Praz initiale est un immeuble qui a été construit au début des années 60 pour du logement social, sans vraiment de considération esthétique et, plus grave, une absence totale de souci d’économies d’énergie. Simple vitrage, très peu ou pas d’isolant en façade ni en toiture, toiture papillon à double pente inversée presque plate. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avant la rénovation, la consommation annuelle de fuel était de 70 000 litres, moins de 30 000 litres après, et ce malgré l’augmentation des surfaces suite à la création du nouvel étage. Une prouesse rendue possible grâce au  remplacement de l’ensemble des fenêtres par du double vitrage isolant et des volets roulants aluminium à double peau isolés, à l’isolation intégrale des façades et de la toiture neuve par l’extérieur (120 mm de mousse polyuréthane), la réfection intégrale de la chaufferie et le remplacement de la chaudière fuel par un modèle performant à condensation.

Chaud dehors et beau dedans
A l’intérieur, la rénovation a porté sur l’ensemble des parties communes pour ce qui concerne les revêtements de sols, de murs, de façades. Pareil pour les parties techniques, chaufferie, électricité, eau, téléphone, ventilation, tout a été remis au goût du jour. La montée d’escalier a été elle aussi totalement remodelée pour y implanter deux ascenseurs qui n’existaient pas. Un pour la copropriété, ainsi qu’un privé desservant uniquement le grand appartement du dernier étage sud  créé de toutes pièces. Sur le plan décoration, là encore la copie a été revue et corrigée de fond en comble : les habillages intérieurs sont désormais en bois brossé grisé, des poutraisons ont été rapportées pour couper les effets de longueur des grands couloirs communs existants, les portes d’entrée remplacées par des modèles à panneaux moulurés et isolés, des faux-plafonds bois et plâtre avec incorporation de spots à leds pour marquer les entrées des appartements ont été créés. Cerise sur le gâteau : pour réparer le gros déficit de stationnement, 35 parkings souterrains ont été aussi créés sous l’immeuble.

Du très lourd !
Le poids de l’étage rajouté aurait pu être un problème sans l’ingéniosité de la structure imaginée par l’équipe de Jean-Charles Covarel. La création de ce nouvel étage aura nécessité en effet 150 tonnes de poutrelles métalliques, 200m3 de bois massif et 75 tonnes de lauzes, soit un total de 350 tonnes ! Leur solution aura été de créer une charpente apparente en épicéa de pays massif suspendue à une autre charpente métallique invisible car dissimulée dans l’épaisseur de la toiture. Au final, l’ensemble ne repose que très peu sur le bâtiment existant puisqu’il porte sur 14 IPN métalliques qui descendent jusqu’aux fondations par les gaines techniques existantes qui ont été vidées et refaites à neuf de manière plus condensée. Malin ! Comme l’ensemble de ce projet bien ficelé.