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Proche de ses racines autrichiennes mais basé à Paris, l’architecte Gunther Domenig réussit la synthèse entre lignes contemporaines et patrimoine architectural, entre son expérience avec Jean Nouvel et sa familiarité avec le mouvement du Vorarlberg.

Propos recueillis par Noëlle Bittner         

Gunther_Domenig_01Qu’aimez-vous retenir de votre parcours ?

Mon travail auprès de Jean Nouvel. Jean Nouvel est un architecte qui ne dessine pas. Il fonctionne un peu comme un réalisateur, par références et  par images. Ensuite c’est à l’équipe de travailler sur ce concept et d’apporter des pistes qu’il va recadrer au fur et à mesure. Car lui seul détient le fil conducteur, lui seul a en tête le projet fini et peut garder un certain recul. Comme chef de projet, j’ai trouvé très intéressant cette autonomie sur les projets et cette remise en perspective continue pour ajuster la réalisation à sa vision. C’est étonnant de voir avec quelle diversité il arrive à produire des concepts avec des paramètres aussi différents. J’ai travaillé à Tel Aviv et au Mexique et les deux projets que l’on suivait de front n’avaient rien à voir entre eux.


Qu’est ce qui vous attire dans l’architecture de montagne ?

De par mes origines, je suis resté très proche de ce milieu, ma famille vit toujours en Autriche, on a “un petit hôtel à la maison“Gunther_Domenig_03 que j’ai transformé. Apporter un regard contemporain sur la construction en montagne, c’est très intéressant. Souvent quand on ouvre une revue d’architecture, les projets  se ressemblent et surtout on ne sait plus où on se trouve… Or c’est important de capter l’atmosphère, de prendre en compte les spécificités du site et de s’y ajuster. Le lac d’où je viens, en Autriche est un lac alpin. C’est une nature sauvage, différente d’un lac au nord de l’Italie. Si on regarde les modes de construction des Alpes du Sud à Vienne, on trouve des soubassements en pierre recouverts d’une charpente de bois, ailleurs c’est d’emblée du bois. Il y a une telle diversité ! Il faut puiser dans les traditions, mais en faire une traduction contemporaine.


Quel serait votre rêve de chalet en montagne ?

Dans certaines situations, je penserais à du béton, alors que le bois est la matière première qui s’impose en montagne. On sait la travailler pour arriver à une sorte d’osmose avec l’environnement. Mais il ne faut pas s’effacer, il faut qu’il y ait un dialogue entre l’architecte et la nature et que les deux ensemble produisent quelque chose d’encore plus beau.


Une architecture dans le monde qui vous émerveille ?

En Patagonie, au Chili dans le désert d’Atacama, des contrées désertiques où il n’y a pas de traditions architecturales, sur cette page blanche, les architectes comme Germàn del Sol plantent des projets magnifiques (les hôtels Explora), d’une simplicité raffinée. Il y a un rapport entre la nature très rude et un mode de construction raffiné sans trop l’être. Ce rapport avec la nature, il ne faut pas le perdre.

En Suisse, je trouve souvent très réussi la précision et la justesse qu’apportent l’architecture minimaliste – même si parfois c’est un peu sec. Il y a une radicalité dans la mise en œuvre et l’exécution, notamment dans le travail de l’architecte suisse Valerio Olgiati, avec ses bâtiments en béton qui ressemblent de loin à une grange ancienne mais quand on s’approche on s’aperçoit que c’est du béton. C’est très rare que l’on ait l’occasion d’aller aussi loin, l’architecte propose, évalue jusqu’où il peut amener son client et le résultat reflète le dialogue entre le travail de l’architecte et les données du client.


Quels sont les points les plus importants de la construction en montagne ?

Gunther_Domenig_04Avant tout, bien analyser la situation. Architecte, c’est un métier de contrainte ( c’est dit avec un sourire…NDLR). Parfois au cours du projet on rencontre un problème soit technique, soit financier, soit réglementaire et on ne peut plus faire ce qui était envisagé.  C’est comme un électrochoc. Il faut se ressaisir, analyser l’écueil. Si on prend cette contrainte de façon positive, cela peut même rendre le projet plus intéressant.

Donc, bien analyser l’échelle, l’exposition, la topographie, le climat et ses variations, l’intégration dans l’existant, les desiderata du client… mais il ne faut pas s’effacer, on peut faire un geste fort en tenant compte de tous ces points.

En montagne comme en bord de mer, le lien des occupants avec la nature compte énormément. Les clients sont souvent des citadins, ils souhaitent le contact avec cette nature,  l’impression de vivre les saisons, vous savez on peut même aimer le mauvais temps quand on est bien installé dans un endroit fait pour contempler le paysage.


Comment voyez-vous évoluer l’architecture en montagne?

Clairement, j’aimerais voir privilégiées les solutions contemporaines. Quand on a de la belle matière ancienne, il faut en être conscient et la protéger ; mais le nouveau atteint le même degré de qualité que ce que tout le monde apprécie dans l’ancien. C’est ce qu’illustre très bien par exemple l’architecture du Vorarlberg.


Comment prend on contact avec vous ?

Je suis associé avec Xavier Lagurgne au sein de notre cabinet XLGD architectures, situé à Paris.
15, Passage de la Main d’or, 75011. +33(0)1 48 06 44 00. www.xldg.fr