A 77 ans, Jacques Labro, architecte reconnu notamment pour la conception moderne de la station d’Avoriaz, poursuit actuellement son travail dans la station haut-savoyarde. Un nouveau livre vient d’être consacré à cette figure de l’architecture afin de mieux comprendre son oeuvre.

La boucle est bouclée. La station d’Avoriaz était sa première commande de jeune architecte en 1964. Aujourd’hui, 48 ans après, Jacques Labro continue de dessiner les bâtiments qui sortent de terre. « Je suis très attaché à Avoriaz et c’est naturellement que je suis les projets d’extension. La retraite ? Je n’aime pas ce mot. Je préfère retraiter les choses. J’ai commencé ma carrière avec Avoriaz et je la finirai avec elle. Chaque projet est une aventure » nous confie-t-il.

Toujours vif d’esprit, il fréquente la station plusieurs fois dans l’année, notamment lors du Festival de jazz. Il pratiquait autrefois le ski et le parapente. Il se contente aujourd’hui de rouler en scooter dans les rues de Paris. Parmi ses admirateurs, Simon Cloutier, architecte de l’Atelier d’architecture d’Avoriaz, qui travaille avec Jacques Labro pour poursuivre son œuvre. Il ne tarit pas d’éloges pour son maître: « A l’ère de la voiture, il a su imposer une station sans voiture. C’était complètement dingue ! Ce qui m’impressionne le plus chez lui, c’est son indépendance. Il a une liberté d’expression dans sa façon de bâtir qui fait rêver ».

Habitat de montagne : « Je regrette le manque d’inventivité »

Jacques Labro est un génie du lieu qui a révolutionné le bâti en montagne et influencé d’autres architectes comme Guy Rey-Millet pour la station des Arcs. Son approche : « L’architecture appartient au paysage et le paysage appartient à l’architecture ». En ville, il réalise des opérations très novatrices, avec des îlots, sans tour, ni barre, à l’opposé de ce qui se faisait à l’époque.

Nous lui avons demandé quel regard porte-t-il aujourd’hui sur l’habitat de montagne. Voilà ce qu’il nous a confié : « Je regrette qu’il n’y ait pas plus d’inventivité. Je ne retrouve pas la singularité que mérite le paysage de montagne à part peut-être quelques refuges en montagne. Il ne faut pas banaliser la montagne. »

Quant au livre, édité par le Conseil d’Architecture d’urbanisme et de l’environnement de Haute-Savoie, il décortique le parcours de Jacques Labro, nous aide à comprendre sa démarche ainsi que son intuition architecturale. L’ouvrage de 192 pages nous permet de découvrir la quantité de projets réalisés en montagne (Avoriaz, la Tania, Courchevel, Val d’Isère…), sur le littoral, en périphérie urbaine en France comme à l’étranger. Il constitue une base importante pour tous ceux qui veulent aborder l’œuvre de Jacques Labro, un architecte vraiment pas comme les autres.

« Jacques Labro, architecte urbaniste, de l’imaginaire au réel », écrit par Jean-François Lyon-Caen, édité par le CAUE de Haute-Savoie. 192 pages couleur, 18 €. www.caue74.fr

Crédits photos : Eric Dessert / Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel – ADAGP, J. F. Lyon-Caen – APM/ENSAG (2012)