Folie_Douce_04
Celui qui a déjà posé ses spatules à Val d’Isère, Méribel, Val Thorens et depuis cet hiver l’Alpe d’Huez n’a pas pu passer à côté de La Folie Douce et de la Fruitière, concepts complètement décalés de terrasse d’altitude, et restaurant à la cuisine traditionnelle et soignée. Mais derrière l’apparente décontraction dégagée par ce lieu mythique se cache une réflexion poussée sur la décoration et l’aménagement de l’espace, où rien n’est laissé au hasard. Luc Reversade, l’homme derrière ce concept « perché depuis 1969 », donne la recette de son succès.

Propos recueillis par Loïc Martin

Quelle place accordez-vous à la décoration à la Folie Douce ?
La déco est quelque chose d’important, bien que selon moi, ça ne reste au final qu’une aide à l’ambiance générale, un contexte. Pour qu’une déco soit réussie, il faut qu’on se sente bien dans le lieu où l’on se trouve. Mais dans le même temps, il faut qu’on soit transporté dans un univers, comme dans un film.

Comment décririez-vous l’intérieur de la Folie Douce ?
A la fois internationale, urbaine et luxueuse. Internationale, parce qu’on doit plaire à notre clientèle qui vient de nombreux pays. Je m’inspire beaucoup des voyages que je fais, je me tiens au courant de ce qui se fait ailleurs, je reste très curieux de ce que font nos voisins européens, comme à Moscou par exemple. Urbain car j’ai toujours été sensible à la calligraphie, au graffiti. Et luxueuse car j’aime travailler avec des produits nobles. Luxe et design urbain se marient très bien… Dans la déco comme dans l’assiette.

Quels types de mobilier et matériaux aimez-vous mettre en avant ?
J’aime beaucoup chiner, chez les antiquaires par exemple, comme pour le bar vintage de la Folie Douce. J’apprécie aussi les beaux matériaux dans l’air du temps, comme le poli-miroir ou encore le cuir. Je travaille beaucoup avec des artisans, j’aime échanger et apprendre avec eux. Pour moi, le vrai plaisir de la déco se situe là, dans cette curiosité de tous les instants, dans cette transmission de savoir-faire.

Concernant le restaurant la Fruitière, la déco est beaucoup moins « décalée » qu’à la Folie Douce. C’était une volonté de bien démarquer les deux ?
Tout à fait. Essayer de garder une cohérence entre la Folie Douce et la Fruitière était très difficile, voire impossible, pour la simple et bonne raison que ce n’est pas la même clientèle. A la Fruitière, la décoration est plus figée, on sait qu’on ne la fera pas évoluer aussi souvent qu’à la Folie Douce. Les clients qui y viennent cherchent quelque chose de plus authentique.

Du coup, l’ambiance est beaucoup plus montagne…
Oui, je voulais que la déco ressemble aux fruitières d’antan. Je me suis inspiré des vieilles fromageries d’Autans, de Villard de Lans… Où j’ai d’ailleurs récupéré beaucoup d’éléments de décor, comme des bouteilles de lait d’époque, des vieilles cartes de fromages, des vieux bidons… L’ambiance est très blanche, pour la référence au lait, les meubles sont en bois patiné, il y a des patchworks de carrelages en céramique. Tout a été fait pour garder de la cohérence entre la déco et le concept du restaurant.

Finalement vous avez presque raté une carrière de décorateur d’intérieur !
(Rires) Je me suis toujours passionné pour la décoration. J’aime l’idée de créer un lieu où les gens se sentent bien, presque comme s’ils étaient chez eux. L’important est de donner une âme au lieu, au mobilier. Surtout ne pas en rajouter, être dans l’efficacité, dans la justesse.