Le design se responsabilise et entre désormais dans une phase radicalement écologique. Soucis de l’environnement, développement durable, équilibre naturel, découvrez les chevaux de bataille de cette nouvelle manière de penser les objets : l’écodesign.

Texte : Gaëlle Martina

C’est quoi l’éco-design ?

L’éco-design intègre le développement durable dans la conception des biens et des services. Il s’agit de produire sans détruire et d’imaginer les produits qui nous entourent, du plus simple au plus élaboré, en les projetant dans le futur. Concevoir un usage durable de l’objet et une fin assimilable par d’autres processus de vie.

Autrement dit, l’éco-design vise à limiter par tous les moyens possibles l’impact de la production industrielle d’un objet du quotidien sur notre planète.

Les pionniers de l’éco-design

C’est au milieu des années 90 que le concept d’éco-design ou « écoconception » émerge véritablement. Victor Papanek est le premier à en donner une définition concrète en 1996 :

« C’est une démarche qui consiste à réduire les impacts d’un produit tout en conservant sa qualité d’usage (fonctionnalités, performances), en vue d’améliorer la qualité de vie des utilisateurs d’aujourd’hui et de demain ».

De nombreux objets recyclés ou biodégradables apparaissent alors sur le marché, mais peu d’entre eux respectent encore tous les critères. C’est à l’aube des années 2000 que les designers vont vraiment se réclamer du concept.

Le siège « mould chair » conçu en 2004 par Kazutochi Amano et Shinichi Sasaki est peut-être le premier objet à réunir l’ensemble des clés de l’écodesign. Réalisée entièrement en carton recyclé, recyclable et biodégradable, la « chaise moule » est extrêmement fine, légère et empilable (ce qui réduit considérablement les dépenses en énergie pour son transport).

De la conception…

Avant même d’avoir tracé une ligne sur son cahier à dessin, le designer doit imaginer les qualités essentielles de son objet et en contourner les contraintes naturelles. Il faut projeter la vie de l’objet dans le futur, imaginer quel impact aura son utilisation sur l’environnement. Un petit poste-radio par exemple, aura beaucoup moins d’impact sur la nature que toutes les piles qui serviront jamais à l’alimenter.

L’écodesigner doit également penser à la fin de vie de son objet. Le choix des matériaux recyclables devient donc une priorité, mais il faut également prendre en compte la disponibilité de ces ressources dans l’environnement immédiat. Autrement dit éviter au maximum l’acheminement des matières premières et les choisir en fonction de leur rendement dans l’économie locale.

chairfix ben wilson écodesign

Une chaise à monter soi-même et designée dans les règles d’art par Ben Wilson.

De nombreuses autres pistes s’offrent à l’écodesigner pour limiter l’impact de son objet sur la nature. Le « do it yourself » qui consiste à laisser le consommateur monter lui-même son meuble participe à réduire les coûts de stockage, d’emballage et de transport. La « Chairfix » (photo) imaginée par le Britannique Ben Wilson en 2005 en est un bel exemple. De plus, aucune glue, aucun plastique ne sont utilisés pour emballer cette chaise.

Enfin, le Graal absolu pour l’écodesigner sera la totale biodégradabilité. Impact zéro sur l’environnement. « Papcorn », le service de vaisselle à sushi imaginé par les danoises Anne Bannick et Lene Vad Jensen est entièrement réalisé avec du blé, du maïs et de l’acide lactique. Un produit constitué de matières renouvelables et biodégradables mais conçu néanmoins pour être utilisé durablement.

Encore plus fort, il y a la petite cuillère en biscuit « spoon » des anglais Shin et Tomoko Azumi. Ni lavable, ni jetable, elle est tout simplement ingérable et remplace efficacement le petit biscuit souvent servi avec le café !

L’avenir de l’écodesign

Plus qu’une tendance, l’écodesign devient une véritable nécessité. Parce que de plus en plus de consommateurs s’y intéressent, parce que de plus en plus de normes imposent le respect du développement durable, mais surtout parce que les bouleversements économiques l’imposent !

De nombreuses solutions ingénieuses d’abord isolées deviennent de plus en plus évidentes. Récupération des eaux de toilette pour les chasses d’eau, douches brumisantes divisant par 15 l’utilisation de l’eau, distillateurs solaires de l’eau, les innovations simples et efficaces seront à l’avenir souvent proposées.

Avec l’émergence d’une nouvelle génération de designers sensibles à la question écologique, l’écodesign a de beaux jours devant lui.

Un design inspiré

Le modèle absolu de l’écodesign reste donc la nature elle-même. Une ingéniosité, une inventivité et un sens de l’équilibre jamais égalés, elle est le meilleur architecte que la terre n’ait jamais compté. Au-delà du choix des matières ou des caractéristiques du meuble, certains designers cherchent à reproduire des schémas naturels dans la forme-même de leurs objets.

Pour Roche Bobois, Christophe Delcourt a signé la console et la bibliothèque Légend dans le cadre de l’opération EcoDesign Bois Bourgogne. Des meubles entièrement écoconçus dont l’esthétique célèbre sans complexe notre mère nature. Car c’est aussi dans l’agencement, dans la géométrie des objets que l’évidence de l’écodesign se fera le mieux.

Certains vont encore plus loin dans cette tentative de reproduire le fonctionnement naturel, c’est le cas par exemple de Mathieu Lehanner avec son projet Local River. Une unité de stockage de poissons d’eau douce combinée avec un mini-potager. Le principe repose selon un échange entre les plantes et les poissons, les plantes sont alimentées par l’eau des poissons, très riche en nitrate, et jouent un rôle de filtre naturel pour cette eau réintroduite ensuite dans l’aquarium.

Une solution économique et écologique directement inspirée par le circuit universel observé dans la nature. Et c’est certainement le genre d’idée qui va se développer de plus en plus à l’avenir. Des idées astucieuses et pourtant pas si originales que ça, l’écodesign est partout autour de nous. Il n’y a qu’à bien observer Dame nature.