C’est un projet qui fait « wizz » et qui fait le buzz, un projet qui défrise pour la « frizzante » San Pellegrino. La ville italienne, qui a perdu un peu de son énergie au fil de l’eau, compte bien retrouver un peu de vie, grâce à la réhabilitation de ses Thermes. Elle a déjà retrouvé de la verve, par la grâce des dessins audacieux de Dominique Perrault. L’architecte français a composé un ensemble aux lignes fortes et solides comme du roc, qui épousent la finesse et la clarté de la goutte d’eau, et font déjà beaucoup parler d’elles.Une minuscule perle dans l’océan de constructions du monde mais un grand pas pour les petites bulles de San Pellegrino…

Il a rêvé la Bibliothèque nationale de France et le nouveau Ministère de la Défense, la Cour de justice des communautés européennes, au Luxembourg, l’Université féminine de Séoul, la piscine olympique de Berlin, un centre d’affaires bulgare, un aéroport néerlandais et… une exposition lui a été dédiée au centre Georges Pompidou. C’est à un grand monsieur de l’architecture d’aujourd’hui qu’a été confié l’avenir de ces thermes au passé prestigieux. Direction la Lombardie et une petite cité proche de Bergame, San Pellegrino. L’agence parisienne Dominique Perrault Architecture remporte, en juillet 2008, le concours international qui scellera le destin de 40000 m2 de friches industrielles, englobant les thermes, un hôtel cinq étoiles, des commerces de luxe, des bureaux et des logements de standing. « Remporter un tel concours est toujours excitant » avoue le lauréat de celui de la Bibliothèque nationale (à 36 ans…). « Peu importe la dimension du chantier, ce qui me meut, c’est la découverte d’un lieu et d’un client. Ce sont eux qui vont faire la grandeur du projet, au sens de son rayonnement. » Dans ces lieux de caractère, sur le merveilleux site de San Pellegrino, c’est un chantier d’envergure qui attend l’architecte parisien. « Il ne s’agit pas simplement d’un projet architectural mais de la transformation de toute une ville dont le cœur a été défiguré par le déplacement des usines de mise en bouteille de l’eau de source. La cité italienne produit 2,5 millions de bouteilles chaque jour. La ville est une belle endormie… qui ne demande qu’à se réveiller ! » Ce projet, qui fera partie de l’Exposition universelle de Milan en 2015, devrait faire renaître un quartier entier mais, si les études préliminaires ont été réalisées, la mise en œuvre du chantier est loin d’être lancée. « Nous avons travaillé avec des Italiens formidables, comme Gianni Silva, le patron du Metropolitana di Napoli, mais là, je dois dire que le client ne se montre pas visionnaire. Il a une approche purement commerciale et étroite du projet. » On ne sait pas vraiment, donc, quand les travaux auront lieu. Une chose est certaine, le projet dépasse effectivement le simple enjeu des thermes et fait appel à toutes les compétences et tous les talents de l’agence : architecture, paysage et urbanisme y font bloc.

Des blocs. Ce sont justement à ces formes que font penser les esquisses. Un éboulis de rocs, de gros cubes accouchés par la montagne, voilà à quoi ressemble le projet. « Nous avons imaginé de grosses pierres qui auraient roulé des sommets environnants » illustre Dominique Perrault. « Agglomérés dans la vallée, ces rochers constituent des abris primitifs qui donnent à voir un résultat très naturel. On est dans une nature pure, sauvage, dans un jardin d’eden. » Loin des codes Art déco qui régissent nombre d’établissements chics du genre, les Thermes de San Pellegrino affichent ainsi un univers minéral, organique, brut. Sans concession. Dans des matériaux évidemment ultra modernes, sertis d’une technologie high tech, on s’en doute, pour un rendu très contemporain. Parce que c’est résolument vers l’avenir que se tourne le projet. La ville de San Pellegrino avait perdu de son lustre d’antan, les habitants semblent attendre beaucoup de l’architecte mondialement réputé et de son projet épuré et stylé. « C’est un facteur motivant, pour nous. Pas une source de pression paralysante, loin de là. C’est essentiel d’être utile, lorsqu’on est architecte. On ne construit pas pour nous, mais pour les autres. L’architecture est d’utilité publique. Elle est gratuite. Lorsqu’on se promène, on regarde ces œuvres d’hommes sans avoir à payer. On jouit tous d’une ville plus belle, d’un urbanisme réussi. » Le succès, pour ce qui concerne les sources italiennes, est acquis : la ville et la région sont séduites par les dessins de l’agence parisienne et ses préconisations. Ne reste qu’à espérer une chose : que les eaux baptismales puissent couler bientôt sur des bâtiments enfin sortis de terre pour célébrer la grâce des bulles d’eau de San Pellegrino…

Par Myriam Cornu