À 43 ans, Olivier Moravik a décidé de changer de vie. Photographe indépendant, titulaire d’une maîtrise d’arts plastique et de photographie, il se définit comme « passionné et obsédé par la création ». Au début de l’année 2012, il fonde le studio mjiila pour commercialiser les produits qu’il dessine et que l’on a pu voir au showroom Espace 55 à Annecy et, dans un avenir proche, pour éditer des pièces de designer français. Rencontre avec un autodidacte dans le design de mobilier.

 

Comment définiriez-vous le minimalisme qui caractérise votre travail ?
Par minimalisme, je fais référence aux artistes plasticiens, Donald Judd, Robert Morris ou au sculpteur Richard Serra. Ce qui m’intéresse en priorité, c’est l’impact visuel global de l’objet et son rapport à l’espace. J’essaie d’épurer les formes et les lignes, de simplifier le dessin, de ne conserver que ce qui est justifié par un parti pris esthétique et par la fonction de l’objet, en terme de praticité ou de confort. J’aime travailler les oppositions de masses et de volumes, et parfois introduire ce que j’appelle « une touche de chaos », une rupture dans les lignes, une asymétrie qui vient bousculer l’évidence. Par exemple, la table ronde om3.0 a un plateau très fin par rapport à son piètement tripode massif. Sous un certain angle, le troisième pied « disparait » et la table semble en équilibre.

Votre travail sur la fonctionnalité et sur l’optimisation de l’encombrement me fait penser à ce qu’ont pu réaliser Charlotte Perriand ou Le Corbusier. Ce sont des architectes qui vous inspirent ?
Le Corbusier et son équipe ont surtout anticipé l’évolution du mode de vie en zone urbaine. La cuisine intégrée de Charlotte Perriand fut une vraie révolution. Pour ma part, je ne perds jamais l’objectif que le design doit rester un art appliqué. Cela signifie qu’il doit répondre à un besoin, à une fonction, voire parfois à plusieurs pour que l’objet soit polyvalent. C’est grisant de dessiner une table monumentale de 5 mètres de long comme la om1.3 à triple piètement, mais tout le monde n’a pas une maison de 1000 m2.  Aujourd’hui, le prix du mètre carré dans les grandes villes d’Europe nous contraint de plus en plus souvent à vivre dans de petites surfaces. Beaucoup de personnes renoncent à déménager pour plus grand. Du coup, ils rénovent leur bien et valorisent leur décoration. Plus petit permet de choisir des matériaux plus qualitatif, de sélectionner chaque objet avec soin et de s’offrir une table à 5 000 euros, faut-il encore que le produit s’adapte à votre appartement.

Vous créez du mobilier contemporain pour les particuliers et les espaces publics. Travaille-t-on de la même façon pour l’un et l’autre ?
Les produits mjiila supportent facilement un usage public comme des hôtels ou des restaurants. Je développe actuellement une console / bureau d’appoint, et je l’imagine aussi bien dans l’entrée d’un appartement que dans une chambre d’hôtel.

Lors de la conception de vos meubles, vous prenez en compte la dimension « développement durable ». Ce n’est pas le cas de tous les designers… En quoi était-ce important pour vous ?
C’est un choix, une sorte de conscience morale. Je donne toujours la priorité aux matériaux et aux partenaires qui offrent le maximum de garanties environnementales. Sélectionner un bois issu de forêt gérée durable, c’est bien, s’il l’est d’une forêt française et surtout transformé en France, c’est encore mieux car vous limitez l’impact lié au transport et vous faites travailler nos concitoyens. Bien sûr, cette politique commerciale a un coût élevé mais elle est aussi un argument pour les clients qui partagent vos valeurs. Lorsque vous achetez un meuble signé, vous faites un investissement, à la fois financier et dans le temps. La pérennité est le premier pas en faveur du développement durable.

Vers quels matériaux va votre préférence ?
J’aime le bois car il est intemporel, varié, chaleureux, vivant et chaque pièce fabriquée, unique. Mais je l’aime surtout en association avec du verre, du métal, du cuir ou de la pierres naturelle ou acrylique. La combinaison de deux ou trois matériaux participe à l’identité intrinsèque du meuble.

Quel meuble culte auriez-vous aimé dessiner ?
La PK22 de Poul Kjaerholm, elle est parfaite. Plus récemment, je dirais la chaise .03 de Maarten Van Severen.

Vous avez des attaches particulières en Haute-Savoie ? Si oui, cela a-t-il eu un impact sur le design de vos meubles et accessoires de décoration ?
Je suis parisien mais j’ai eu la chance très tôt de venir skier dans les Alpes avec mes parents chaque hiver. C’est un rendez-vous annuel que je ne manque jamais. L’omniprésence du bois et de la pierre dans l’architecture, le mobilier, la chaleur des fibres naturelles, la douceur des peaux et des cuirs, tout cela doit avoir un impact presque inconscient sur mon travail.

 

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