A l’heure du tout numérique où l’on pense qu’un projet s’imagine en quelques clics, plusieurs architectes décryptent une de leurs esquisses.
Ces quelques traits, crayonnés à la main sur le papier, montrent les grands principes du projet imaginé par l’architecte.

 

Amevet

Qui a réalisé ces esquisses ?

L’agence d’architectes d’intérieur Amevet à Chambéry.

« Nous travaillons fréquemment à la main, pour une autre sensibilité. Un croquis permet d’avoir une bonne compréhension du volume ».

Quelle est la nature du projet ?

« Il s’agit de la rénovation d’un duplex de 180 m2 à Megève. Le client venait d’acquérir cet appartement vieillissant. C’est un dossier très technique qui va au-delà d’une rénovation cosmétique.

Il y a eu une restructuration complète des volumes et la réorganisation des pièces : la cuisine a été déplacée, l’escalier a changé de sens, un sauna a été ajouté… Le croquis a permis de montrer l’organisation transfigurée de l’espace. Le client souhaitait une ambiance très contemporaine avec de belles prestations, dans le choix des matériaux et des équipements (luminaires, cuisine haut de gamme, escalier sur mesure avec garde-corps en verre, cheminée au gaz…).

Par son aspect actuel, et bien que situé à la montagne, cet appartement pourrait aussi bien se trouver ailleurs, à Chambéry ou Aix les Bains. Le croquis annoté (par des indications techniques, de couleurs et de matériaux), permet d’avoir une vue synthétique, au-delà du dossier. On parvient ainsi à se projeter rapidement, afin d’imaginer la solution globale proposée au client », explique Charlotte Blanchard.

 

 

ICM Architectures

 

Qui tient le crayon ?

Les architectes Isabelle Chapuis-Martinez et Étienne Martinez, basés à Aix les Bains.

« Sur l’esquisse, nous commençons à exprimer le parti-pris architectural, le concept qui se met en place, avec l’idée première ».

Quelle est la nature du projet ?

« C’est un projet pour l’aménagement des Gorges du Sierroz, à Grésy-sur-Aix. Le site, abandonné depuis les années 50, va être réouvert par la collectivité. C’est un parcours de 900m avec des bâtiments, des ouvrages d’art (passerelle et encorbellement) et un aménagement paysager.

Nous avons imaginé la promenade sous forme de galerie, avec des partie fermées et d’autres ouvertes. Les anciens bâtiments les moins endommagés ont été conservés en vue d’une future exploitation.

Nous avons utilisé trois types de matériaux : des planches de bois brut en chêne, de l’acier galvanisé et un revêtement de sol en pierre, provenant de la carrière de Grésy sur Aix. Nous avons cherché à mettre en valeur le paysage, avec des interventions les plus sobres possibles.

Pour ce voyage dans le passé, quatre points du site sont significatifs : la confluence des rivières avec des marmites, la rive gauche avec son ancien moulin et sa cascade, la vue sur le pressoir à balancier et un lieu de commémoration.

C’est un projet atypique à challenge, avec un aspect très technique très sensible : ces bâtiments qui s’effondrent et qu’il faut valoriser. Ce projet unique et culturel sera ouvert à tous, en accès libre. Le lieu va raconter une histoire et penser un présent pour tous. Les travaux vont débuter en avril, pour une durée de 18 mois.», expliquent les architectes.

JMV Resort

Qui tient le crayon ?

L’architecte Jean-Michel Villot, JMV Resort à Bourdeau.

« Quand je démarre sur un projet, je crayonne. Chacun crée comme il peut. Je n’arrive pas à imaginer sur informatique. J’aime la sensibilité du crayon, c’est peut-être la génération qui veut ça ».

Quel est ce projet ?
« C’est une esquisse pour une nouvelle zone à développer à l’entrée de Val d’Isère, cela fera peut-être l’objet d’un concours. C’est un gros projet, de 18 000 m2 avec la création d’hôtels, de résidences de tourisme et de commerces, afin de créer une nouvelle entrée pour la station. Je me suis imprégné du lieu, afin de lui donner une vraie vie en cohérence avec l’existant.

L’idée est de reprendre les codes architecturaux de Val d’Isère, tout en apportant une touche nouvelle. J’ai imaginé un esprit de village. Pour se faire, la route nationale serait enterrée, afin de laisser l’espace aux piétons et un carrefour entre village et front de neige.

Les ruelles ne sont pas perpendiculaires, chaque bâtiment diffère, notamment par sa façade. Cela rappelle un hameau qui se serait construit au gré des formes de terrains, au fur et à mesure. Je souhaite éviter l’effet de bloc et d’uniformité. », explique l’architecte.

 

Studio Arch

 

Qui tient le crayon ?

Marc Miginiac, architecte pour Studio Arch, au Bourget du lac.

« Je commence toujours par un dessin à la main. Ainsi, je jette des idées sur calque en détaillant le projet. C’est souvent un aller-retour entre l’ordinateur et les croquis ».

 

Quelle est la nature du projet ?

« C’est l’un des derniers projets livrés en 2019. Il est intéressant par son côté atypique : un hôtel sans étoile, avec des chambres aux typologies variées, ce qui change de nos réalisations plutôt haut de gamme en hôtellerie. Le Base Camp hôtel se situe à l’entrée de la ville de Bourg Saint Maurice, dans le quartier historique des Alpins (ancien 7e BCA).

Le bâtiment est implanté dans la continuité d’une grande place. J’ai joué avec les codes de l’ancienne caserne : une implantation à l’équerre avec un bâtiment qui a deux ailes en angle droit. Le volume avec un toit à deux pans, interrompu par des toitures terrasses. La toiture en terre cuite vieillie rappelle celle du 7e BCA. Le bâtiment est animé par des effets en façade : toiture brisée et poteaux métalliques rouillés.

Des volumes, de couleur terre cuite, apparaissent comme des boites qui ressortent de la façade. La façade de l’entrée est en bois, pour un clin d’œil au chalet comme un « camp de base ». L’autre façade montre un aspect plus urbain, voire un peu industriel, une tendance que l’on retrouve dans le restaurant. Depuis l’esquisse peu de choses on bougé, c’était un projet bien calé, dès le départ », explique Marc Miginiac.

 

 

Atelier Ritz

 

 

 

Qui tient le crayon ?

L’architecte Emmanuel Ritz à Chambéry.

« L’esquisse est une véritablement méthode de conception pour chacun de mes projets. Ce n’est pas qu’un simple outil de représentation, il convoque toutes les contraintes : la construction, la géométrie, l’échelle, l’espace, la matière… Tout est au bout du crayon ! »

Quelle est la nature du projet ?

« La centrale hydroélectrique de la Coche est un projet de longue haleine, 10 ans entre l’étude et l’achèvement, en octobre dernier. Cette usine existe depuis longtemps, sur commune de Le Bois, à côté d’Aigueblanche. Elle produit de l’énergie grâce à une chute d’eau, à 900 mètres en amont.

L’installation d’une nouvelle turbine (avec un axe vertical) a nécessité de revoir tout le dispositif autour : un parc industriel de plusieurs bâtiments, de tailles et de fonctions différentes. C’est un projet d’envergure, avec des contraintes de très grandes dimensions. Ici, l’architecture questionne l’échelle des éléments à abriter, avec notamment un bâtiment de 37 mètres de haut, équivalent à 13 étages. La géométrie des volumes parle de confrontation entre les éléments.

L’usine est en béton armé, enveloppée d’une charpente en métal avec une peau en acier auto patinable, rappelant la force du rocher. En façade, une superposition de bandes vitrées inclinées en cascade apporte de la lumière et rappelle la chute d’eau. La légère mise en lumière nocturne laisse penser au miroitement de l’eau, de couleur bleu-vert », confie l’architecte.

 

 

Texte : Lorène Herrero