Le défi est de taille et tous ceux qui achètent un bien ancien au coup de coeur vont s’y confronter dès le premier coup de pioche. Que conserver envers et contre tout ? Que remplacer sans hésiter ? Comment faire sien cet intérieur qui a une longue histoire ? En découvrant le Bella Tola, hôtel historique du Val d’Anniviers en Suisse, nous avons été émerveillés de la façon dont Anne-Françoise et Claude Buchs, ses propriétaires depuis une vingtaine d’années, continuent encore à le faire évoluer.

Par Noëlle Bittner – Photos : David André

« Enlever au plus vite les boulets ! Voilà la première chose à faire ! » s’exclame Anne-Françoise Buchs. Les boulets ? « Les choses fausses, inadaptées, hors sujet, les cachemisères, les verrues… ce qui vous heurte et vous fait mal aux yeux tous les matins ! J’ai plein d’exemples : les moquettes collées sur un parquet défaillant, l’entrée de l’hôtel refaite avec une porte battante comme dans les supermarchés, l’entrée du restaurant rajoutée en forme de chalet. Le dernier boulet qu’on a enlevé, c’était un crépi dans la dernière cage d’escalier, on avait déjà refait toutes les autres, il restait celle qui mène au grenier, mais ça me gênait… ».

En 2001, le jeune couple reçoit le prix de l’Hôtel Historique de l’année qui récompense une initiative hôtelière qui par son engagement, son état d’esprit, sauvegarde un patrimoine. La restauration de l’hôtel est à l’époque loin d’être terminée mais les conseils du comité vont dans le sens de leurs priorités,  » ça nous a encouragés pour la suite ! « 

 

Déceler ce qui raconte une histoire.

« Ce qu’il faut garder absolument ? Ce qui raconte une histoire, ce qui veut dire quelque chose… On a gardé tous ces sièges Voltaire, ces canapés démodés, on a dépensé une fortune pour les faire refaire avec des lainages Arpin. Avec nous le tapissier retraité travaille à l’année, chaque fois qu’il rapporte un fauteuil, je lui en donne un autre ! On a conservé les carreaux en ciment d’origine, bien sûr toutes les moulures, (le faux plafond est banni chez nous !) les plafonds peints de la grande salle à manger… Il y avait des lavabos dans les chambres, anciens et souvent beaux et quelques baignoires sur pied, quelques jolies robinetteries anciennes, on les a restaurés (ce qui était bien plus cher que de les racheter neuves) et on a chiné les autres ».

Laisser vivre une saison ou deux

« Finalement, de ne pas avoir de grands moyens nous a aidés. On fait les choses peu à peu, on a le temps de laisser vivre nos initiatives une saison ou deux avant d’en tirer la leçon. Les salles de bains par exemple, bien sûr, on en voulait dans chaque chambre, on voulait qu’elles aient de la lumière, mais on ne voulait pas casser les murs, ni changer les volumes qui étaient harmonieux. J’ai eu l’idée de les cloisonner avec ces bois vitrés à petits carreaux en verre cathédrale. On a commencé par deux chambres et on a écouté nos clients. Ca plaisait, ils avaient l’impression que ça avait toujours été là… »

« On n’impose rien à une maison ancienne. J’ai une autre exigence : ne toucher à rien tant qu’on n’a pas la solution ! On n’impose rien à une maison ancienne. On l’éduque comme on le ferait avec un enfant. Je ne suis pas dans un palace qui appartient au Qatar, avec des chambres toutes pareilles et des meubles qui viennent d’Italie ! Je veux que le client soit dépaysé, transporté. Pas qu’il se retrouve comme à la maison ! Une ancienne robinetterie, un petit loquet en cuivre, un interrupteur en bakélite, une jolie porte vitrée, un pot à lait en argent gravé au nom d’un hôtel de Montreux, une valise pleine de photos anciennes du village… il faut laisser parler les choses, les mettre en valeur. Qui est passé ici ? Adenauer, Churchill…vous voilà transporté… Mais il ne faut pas verser dans le muséal, le poussiéreux, on est dans un hôtel qui vit, qui fonctionne, avec du personnel qui apprécie d’être là, des bouquets, du linge frais, du mouvement… »

Les suspensions en verre coloré

Elles sont au plafond de chaque chambre, comme elles l’ont toujours été. Charmantes, avec leur petit abat-jour plissé en verre, opaline et porcelaine, les monte et baisse avec leur poids, les plus légères en forme de corolle. Celles qui étaient cassées ont été remplacées par d’anciennes chinées (pas de rééditions !) des années 20 à 50.

 

Jamais sans mon tapissier !

Restaurés et surtout, regarnis, bien rembourrés, on peut même dire dodus, retapissés avec des lainages épais de la filature Arpin, les fauteuils Voltaire comme les canapés 1900 ont acquis une modernité qu’ils n’avaient jamais eue !

 

Chaque chambre raconte son histoire

 » J’ai passé du temps dans chaque chambre avant de lui attribuer un papier peint. Il n’y en a pas deux semblables. Le problème c’est quand les gens sont plusieurs à vouloir « leur » chambre, « avec la Toile de Jouy ! « 

Retrouvez cet article et bien d'autres au sommaire du numéro (Très Spécial) Cosy Mountain N°40