Le Salon immobilier de montagne, organisé par les Éditions Cosy à Lyon, a été digitalisé en raison des conditions sanitaires. Le workshop Jeunes Talents du design et de l’architecture a été maintenu. Les étudiants sélectionnés ont eu une journée pour poser leur regard sur les structures des remontées mécaniques.

La fonction design, si importante dans les montagnes autrichiennes, serait-elle la grande oubliée de la montagne française ? Les équipements des remontées mécaniques sont décriés dans les Alpes françaises car souvent mal intégrés, trop imposants et sans poésie. Les plus belles gares téléphériques, à l’image de celle de St Anton, sont une œuvre architecturale et un véritable attrait touristique pour la station.

Proposer du tourisme d’expérience à travers des équipements remarquables aurait du sens dans des stations à l’avant-garde. Les six étudiants sélectionnés pour une vingtaine de candidatures, coachés par Patrick Parquet, fondateur des workshops Design in Progress et directeur associé Mediago, ont eu 24 heures pour revisiter l’équipement en montagne et séduire le jury, réuni le 23 octobre au siège des Éditions Cosy au Bourget-du-Lac.

Le jury était composé de Martin Francou, directeur stratégie et marketing MND, Marc Frénoy de Fiducial Office Store Beaux-Arts, Vincent Lalanne, directeur général Val Thorens Tourisme, Nathalie Saint-Marcel, directrice adjointe du Cluster Montagne, Magali Vauge, responsable R&D Rossignol Apparel, Jean-Michel Villot, architecte JMV Resort et Claude Borrani, fondateur des Éditions Cosy.

Cosy Mountain tient à remercier les généreux partenaires : Val Thorens qui a offert des forfaits de ski et Fiducial Office Store Beaux-Arts pour le matériel graphique. Les étudiants sont repartis également avec des abonnements aux magazines Cosy Mountain, Naturelles et des livres de design.

 

 

 

Dans son projet, Elsa Bouvet, a imaginé une architecture qui fait corps avec la nature. Prix du jury.

 

Victoria Basselier, Prix des Editions Cosy, entourée de Claude Borrani, directeur des Editions Cosy, et Marc Frénoy de Fiducial Office Store Beaux-Arts, partenaire et membre du jury.

Jean-Michel Villot, architecte et membre du jury, échange avec les candidates.

Dessine-moi un projet

Une idée commence toujours sur un papier avec un crayon. Explications de Marc Frénoy de Fiducial Office Store Beauxarts, membre du jury du workshop.

Quelle place est réservée aux crayons, feutres et stylos dans la vie des architectes, des architectes d’intérieur et des décorateurs ?

« Un professionnel démarre souvent ses créations en prenant une feuille de papier et un outil de dessin avant même d’utiliser l’ordinateur pour la mise en forme et le visuel final. Il commence à crayonner, puis à mettre en couleur et utilise parfois des outils qui sont très techniques. On pense aux feutres de pointe calibrée qui proposent différentes épaisseurs qui peuvent être utilisés sur des calques, les polyesters qui donnent de la transparence et d’autres couches sur un premier jet. »

Quels sont les trois outils indispensables que doit avoir tout bon professionnel pour faire rêver son client sur un croquis ?

« Pour un rendu plus expressif, plus chaleureux, je conseille un papier aquarelle plutôt qu’un simple papier de layout basique. Les vrais outils sont un feutre calibré pour donner les contours, un bon feutre de couleur et un marqueur à l’eau qui permet grâce à ses différentes épaisseurs et pointes de donner du volume et de l’espace. »

Avec les outils numériques de plus en plus performants, les étudiants dessinent-ils toujours à la main ?

« Oui heureusement et c’est une chance pour eux. À la rentrée de première année d’études d’architecture et de design, les élèves ont une liste de matériel traditionnel à acheter. C’est primordial, car cela permet une approche plus inédite de l’idée que l’on veut donner. Malgré la prédominance de l’ordinateur, le matériel traditionnel a encore de beaux jours devant lui. La force émotionnelle d’un crayonné est immense. C’est un outil qui permet de transmettre une idée de caractère contrairement aux rendus des logiciels trop similaires. »

Intégrer les téléskis dans un paysage minéral

Qui / Elsa Bouvet, étudiante en première année de Mastère Design d’espace et environnements à Bellecour Ecole à Lyon.

Son projet / Inspirée par la station haut-savoyarde de Flaine qu’elle connaît bien, elle a revisité la station de téléskis afin de mieux l’intégrer dans son environnement. Pour cacher la partie métallique, elle a imaginé la recouvrir d’un bâtiment semblable à un rocher qui se serait détaché de la falaise. Cet abri combine un toit, tapissé de tavaillon de bois et une partie en béton brut, rappel de l’architecture minérale de Flaine de Marcel Breuer. Cet abri de repos pour le personnel pourrait servir de lieu de distribution de boissons chaudes pour les skieurs en hiver et de logement d’étapes pour randonneurs l’été.

Ce que le jury a apprécié / L’idée de la modularité, le travail des matériaux et la qualité du trait. Le téléski n’est plus un lieu de passage, mais un lieu de pause qui permet d’avoir plus de contact avec les skieurs. Les gares de téléskis, très présentes dans les stations de moyenne montagne, pourraient ainsi offrir un parcours ludique sur le domaine skiable.

Elsa Bouvet a remporté le Prix du Jury.

 

Insérer une sphère dans le paysage

Qui / Camille Pary, étudiante en Mastère 2 Design d’espace et environnements à Bellecour Ecole à Lyon.

Son projet / Pour éviter de s’entasser au sommet des remontées mécaniques et fluidifier les arrivées, elle a imaginé un espace de puzzles avec différentes fonctions tels que pique-niquer, s’assoir face au paysage. La montagne serait ainsi ponctuée d’abris intégrés face au panorama. Dans un second temps, elle a pensé à un projet utopique, une sphère insérée dans le paysage. Cette forme ronde serait recouverte de neige ou d’herbe selon les saisons. La boule pourrait marquer l’entrée de la télécabine. La partie semi-enterrée accueillerait un espace salon pour se reposer.

Ce que le jury a apprécié / L’originalité du projet qui fait la part belle à l’imaginaire et l’approche poétique du lieu en montagne.

Camille Pary a obtenu le Prix Coup de Coeur.

 

 

Valoriser l’intermédiaire

Qui / Victoria Basselier, étudiante en Mastère 2 Design d’espace et environnements à Bellecour Ecole à Lyon.

Son projet / Au lieu d’imaginer des remontées mécaniques conduisant les utilisateurs d’un point A à un point B, celles-ci seraient ponctuées d’espaces intermédiaires utilisables hiver comme été. Elles intégreraient de nouvelles fonctions : la pause active où les visiteurs seraient en mouvement et la pause passive dédiée à la contemplation. Pour allier sport et culture, la gare intermédiaire accueillerait un bâtiment dédié à la culture avec un musée, des expositions temporaires mais aussi de l’artisanat local. Les structures d’observation permettraient de contempler le panorama et de s’offrir une pause.

Ce que le jury a apprécié / L’idée de créer des dômes d’observation, de rentrer dans une sphère symbole d’un monde en transition.

Victoria Basselier a remporté le Prix des Éditions Cosy.

 

Concevoir des espaces collectifs modulables

Qui / Nina Bosio, étudiante en Mastère Design d’espace et environnements à Bellecour Ecole à Lyon.

Son projet / Elle a imaginé des modules, fabriqués en acier blanc dont la forme rappelle celle des montagnes. À la gare d’arrivée des remontées mécaniques, le visiteur découvrirait des mini architectures avec chacune une fonction : se chausser, s’habiller, contempler le paysage, pique-niquer… Skieurs, visiteurs passeraient d’une architecture caméléon à l’autre en fonction de leurs besoins et attentes.

Ce que le jury a apprécié / S’intéresser au parcours client. La possibilité d’avoir des modules autonomes qui peuvent également répondre à un besoin ponctuel dans la station.

 

Transpercer le paysage

Qui / Coline Fabre, étudiante en première année de Mastère Design d’espace et environnements à Bellecour Ecole à Lyon.

Son projet / Concevoir deux bâtiments, au départ des remontées mécaniques, traversés par un grand couloir. Les skieurs seraient à l’abri des intempéries, tout en ayant accès aux informations de la station qui s’afficheraient sur les murs. De chaque côté, les bâtiments accueilleraient des vestiaires, des sanitaires… Le miroir d’acier inoxydable serait utilisé afin de refléter les formes extérieures et se fondre dans le paysage.

Ce que le jury a apprécié / Le mélange de matériaux et la prise en compte de la fonction d’embarquement.

Dynamiser les lieux de passage

Qui / Mélissa Rousson, étudiante en Mastère 2 Design d’espace et environnements à Bellecour Ecole à Lyon.

Son projet / Il cherche à dynamiser les espaces de passage dans les remontées mécaniques et notamment rendre la gare plus fonctionnelle. Une structure en forme de dôme favoriserait la rencontre, entre commerçants locaux et vacanciers entre autres. Mélissa s’est intéressée à l’architecture sculpturale avec des arrêts de bus aux lignes insolites pour inviter à effectuer une pause ou une activité. Un module, archétypique de la maison et du chalet, chauffé à l’aide de panneaux solaires servirait d’abri, de salle hors sac… Et enfin pourquoi ne pas créer une place couverte au sommet des remontées mécaniques pour prendre le temps de profiter de la montagne car c’est là-haut au sommet de la montagne que la vue est la plus dégagée tout en jouant avec la transparence.

Ce que le jury a apprécié / Reconsidérer les remontées mécaniques comme une attraction et pas seulement un moyen de transport.