La maison est la réinterprétation d’une ancienne grange. Une grille de bois, typique des granges du village italien de Siusi allo Sciliar, entoure les façades.

Au-dessus du salon, les boîtes suspendues recouvertes de papier peint abritent les chambres. La résine gris-bleue habille le sol.

Avec ses boîtes suspendues au-dessus du salon , la maison multiplie les points de vue sur les parois escarpées des Dolomites. Nous vous conduisons dans le Sud-Tyrol à la découverte d’une ancienne grange rénovée comme nulle part ailleurs. Le propriétaire l’architecte Stefan Rier, nous a ouvert les portes de sa maison atypique qui traduit son univers créatif.

Reportage : Patricia Parquet – Photos : Alex Filz

Depuis Bolzano, il faut à peine une demi-heure pour rejoindre le village de Siusi allo Sciliar où nous attend l’architecte Stefan Rier, de l’agence Noa. Nous voici dans son village d’origine, quitté 20 ans plus tôt. Passant sa vie entre Bolzano et Berlin, il a décidé d’acheter une ancienne grange, de la rénover et d’y vivre avec sa famille. L’édifice en bois dévoile une façade, semblable à un jeu de Mikado géant. La partie basse massive en pierre est complétée par une partie haute légère, habillée de mélèze, le bois local qui se patine avec le temps.

Interprétation des granges

Son voisin possède l’une des dernières fermes historiques du village, typiques de cette région avec une habitation recouverte de chaux, l’étable et la grange pour les foins.

« En imaginant le dessin de ma future maison, j’avais en tête la tradition et la culture de cette région montagneuse d’Italie que je voulais retrouver dans mon projet. L’extérieur devait offrir un clin d’œil au passé. La façade est une interprétation les granges du village qui possèdent des croix en bois », explique l’architecte, heureux de lire sur notre visage l’effet de surprise suscité par cet enchevêtrement de bois.

La maison comporte cinq façades avec des ouvertures positionnées pour créer un dialogue dynamique entre la construction et les montagnes environnantes. Une partie du toit (la 5e façade) est vitrée afin de bénéficier de la vue sur les célèbres Dolomites depuis l’un des nombreux canapés.

 

Des volumes dans le volume

Comme au théâtre, on entre sur scène – ici par la cuisine ouverte sur le salon-cheminée après avoir franchi de lourds rideaux en velours noués à la taille. Le bleu azur, clin d’œil à la Méditerranée (Venise n’est pas si loin), irradie la cuisine. C’est une maison à l’atmosphère joyeuse et colorée, enrichie de meubles design et d’objets amusants offrant un décor onirique, à l’image de ces singes, écureuils et souris en guise de lampadaires suspendus un peu partout. Chaque objet capte la lumière autant que le regard.

L’architecte s’est exprimé à travers une structure à trois dimensions avec des boîtes qui rythment le volume et occupent l’espace intérieur. La grande baie vitrée se joue de la verticalité.

« L’un de mes plus beaux souvenirs d’enfance est aller dans la grange et sauter dans le tas de foin. Je me revois encore monter les marches et me jeter. J’ai traduit cette sensation à l’intérieur,» s’enthousiasme le propriétaire, qui réalise habituellement des hôtels en Italie et à l’étranger.

L’escalier en métal, perforé selon le dessin de Stefan Rier, l’architecte, laisse passer la lumière.
Depuis le dressing vitré, on accède à la chambre des parents, largement vitrée pour admirer le panorama.

Imaginer une « piazza »

La maison se déploie sur trois étages. Entièrement ouverte, la pièce de vie au rez-de-chaussée s’inspire de la traditionnelle « piazza », autrement dit la place dans les villes et villages où les Italiens aiment se retrouver. En levant les yeux, nous découvrons l’impressionnante hauteur tandis que les cubes suspendus attisent notre curiosité.

Les escaliers métalliques, sculptés comme de la dentelle pour laisser passer la lumière, conduisent aux étages où salle de bains et dressing occupent le palier. Les fameuses boîtes abritent les chambres, rares pièces fermées. Celle des parents donne accès à l’espace bain où la baignoire positionnée devant la façade vitrée semble en équilibre à moitié dans le vide au-dessus du salon. La vue sur les sommets est à couper le souffle.

« À l’intérieur, j’ai varié au maximum les matériaux : bois, béton, métal, verre, laiton… Comme vous pouvez le voir en regardant chaque détail, chaque décor, je ne suis pas pour le minimalisme. Ma philosophie : plus tu encombres l’espace et plus il devient habitable », précise l’architecte, soucieux de faire surgir de l’émotion et des surprises dans tous ses projets.

Le salon de bains des parents permet d’admirer les Dolomites, paysage classé au Patrimoine de l’Unesco, et le clocher du village.
La façade est généreusement vitrée. La structure extérieure en bois sert de filtre. Depuis le bas, l’enchevêtrement de bois ressemble à un jeu de Mikado géant.

Sculpter l’espace

Nous avons demandé à Stefan Rier ce qu’il conseille à tous ceux qui désirent acheter une vieille habitation ? « Trouver un architecte qui saura sculpter l’espace, le révéler, le moduler et le mettre en valeur ». Sans oublier de s’armer parfois de patience et d’avoir foi en son projet. Avec des éléments en façade jugés trop modernes, son permis de construire a été rejeté à quatre reprises, avant d’être accepté.

« J’expliquais que je voulais reprendre l’idée d’une grange et en aucun cas détruire le paysage, bien au contraire. Depuis dans tous nos projets, nous réalisons des vidéos de présentation pour mieux faire comprendre nos idées ». Stefan Rier a réalisé son rêve de maison.

Il y a même ajouté un appartement pour six personnes, la Messner House Suites, qu’il loue aux vacanciers. Son plus grand plaisir consiste à prendre place dans sa baignoire, face aux montagnes qui se déploient à perte de vue. Avec toujours la sensation de suspendre le temps.