Chalet Hameau de Bellcôte

Faire entrer la nature, ouvrir l’espace, rendre la vie plus agréable, un challenge réussi pour ce chalet des années 80. Travaux de fond et déco design, un modèle à suivre.
Texte : Noëlle Bittner – Photos : Jo Pesendorfer

A Courchevel, le Hameau de Bellecôte occupe, à l’écart du jardin Alpin, un grand terrain boisé en pente douce. Un versant privilégié qui n’avait pas échappé à la sagacité de la famille Fenestraz, propriétaire de nombreux hôtels. Madame Fenestraz avait pour ce petit eldorado un projet original, créer un hameau de beaux grands chalets comme celui de Liz Taylor à Gstaad. Et voilà l’architecte parti en mission de reconnaissance chez les heureux du monde. Le résultat a du caractère. Ces grands chalets cossus superposent toits et rambardes sculptées dans la masse. Les toitillons sont soutenus par des piliers sculptés à facettes comme des diamants. Pas une poutre, pas un chevron qui ne soit ondulé, torsadé, découpé en frises, pas un panneau qui ne soit gravé de motifs géométriques ou d’arabesques. Même tous volets fermés, ils sont d’une beauté riche de savoir-faire. Leur bois sombre luit de bons traitements. Les avant toits sont généreux, les coursives extérieures et les entrées bien abritées. L’élégance s’étend jusqu’aux gouttières patinées.
Mais à l’intérieur de ce chalet, comme souvent dans les années 80, c’était le style « berger-bergère » : fenêtres à petits carreaux, bois sombre et mobilier rustique, corridors et pièces enclavées, l’impression générale était celle d’un monde clos. A l’époque on n’avait pas l’idée de faire entrer le paysage à l’intérieur. La nature, on en profitait quand on était dehors.

A l’opposé du style « berger-bergère »

Les changements confiés à l’architecte Yves Collet, cabinet Collet & Burger, tiennent en trois points : ouvrir l’espace, faire entrer la nature et simplifier la vie. Les moyens ? Inviter le paysage en remplaçant les fenêtres à petits carreaux par de grandes baies ouvertes jusqu’au sol qui invitent à la contemplation.
Supprimer tout ce qui complique la circulation, désenclaver et décloisonner les pièces, redonner à toutes accès à la lumière en les intégrant comme l’entrée ou la cuisine ouvertes sur la pièce à vivre. La circulation est fluidifiée, la vie commune plus agréable et chacun peut toujours s’isoler dans sa chambre pourvue de son entrée, son dressing et sa salle de bains. Les pièces s’étageaient en quinconces, chaque appartement a désormais son étage et tous les m2 gagnés sur ces escaliers, ces paliers inutiles profitent à chacun. Autre gain d’espace : la technique est désormais cantonnée au sous-sol ou ronronne sous le toit du garage.

Le petit miracle, c’est le rez-de-chaussée situé deux étages au-dessous de l’entrée principale. A l’origine, c’étaient les chambres de service. En lui appliquant la même méthode qu’au-dessus, grandes baies et espace ouvert, c’est devenu un très joyeux rez-de-jardin, lumineux et chaleureux.
Chacun des trois appartements a sa sortie directe sur les pistes, son vestiaire chauffant et l’un d’eux son sauna.

La déco joue la couleur et le design

Chalet Hameau de Bellcôte
La déco ne peut pas tout, mais elle peut beaucoup quand elle va dans le même sens que les travaux de fond, ce qui était le cas ici. La famille imaginait un style contemporain, plutôt minéral mais avec des matériaux locaux et chaleureux. Tous les bois intérieurs du chalet sombres et noircis ont été nettoyés, poncés, brossés jusqu’à l’os et lasurés. Les veines du bois ressortent et la teinte claire n’assombrit pas les pièces. L’effet bois est encore allégé et rythmé par des panneaux tendus de laine aux tons denses, des rouges, des jaunes que l’on retrouve sur les sièges de designers des années 50 récupérés dans la maison et entièrement retapissés. Sous la conduite de la décoratrice Béatrice Friès, un travail de tapissier très soigné a été réalisé avec de beaux lainages écossais ou rayés réversibles, les rideaux sont doublés, les jetés de lit gansés, les coussins rebondis.

Dans le cahier des charges de l’architecte, chaque chambre devait être assez grande pour accueillir un bureau. Tout le monde voyage avec son ordinateur et doit pouvoir s’isoler agréablement. Le dessin de ces bureaux fins et légers, sans épaisseur, pas plus encombrants que des consoles est signé Philippe Hurel. Quand aux consoles elles sont très présentes  – rien de plus gracieux que ce meuble qui décore sans prendre de place – et déclinent avec des variations de taille et de couleur un modèle de Philippe Hurel avec un épais plateau de bois peint lasuré et des pieds coulés dans le bronze comme des sculptures.
La table de salle à manger d’origine, décapée comme tous les bois est entourée de surprenants sièges en carbone, que l’on peut soulever d’un doigt et dont le treillage graphique est une œuvre d’art. Chaque pièce de mobilier a été choisie avec passion pour son design pointu sans agressivité. D’où l’impression qui domine quand on entre dans ce chalet : la beauté et la sérénité de l’espace soulignées de touches design constituent un monde à part dans une station aussi animée. Passé le portail du Hameau, on descend à pied en deux minutes au cœur du village où l’on retrouve l’atmosphère tonique et joyeuse qui règne à Courchevel, jour et nuit.

Ce chalet peut être loué. Contacts : Sylvie Traissard : +33(0)6 15 93 27 70. Courchevel-Agence : +33(0)4 79 08 10 79