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Dans les prévisions démographiques actuelles, il ressort que les citadins représenteront plus de 60 % de la population mondiale d’ici à 2030. Alors une question se pose : comment nourrir durablement cette population urbaine en pleine expansion ?
Par Séverine Denis – Photo Stéphane Groleau

 

L’exode rural, la concentration des emplois depuis le développement du tertiaire ont fait exploser la densité urbaine. Les circuits d’approvisionnements mis en place au début de cette tendance ne sont plus adaptés. La dépendance de la ville en terme de subsistance à des territoires extérieurs pose des problèmes d’écologie et d’économie : l’acheminement et la gestion des denrées conduit souvent à des énormes gâchis. Pour preuve, un tiers des aliments produits sont jetés, non déballés, non consommés, soit 155 kilos de nourriture par français et par an.

Les citadins, totalement déconnectés de la réalité agricole, poussées par cette sensation d’abondance crée artificiellement dans les points de vente, n’ont aucune connaissance de la provenance des produits qu’ils consomment.

Une réaction s’impose : les systèmes alimentaires urbains sont à revoir intégralement. Un réseau de coopération, l’IUFN (International Urban Food Network), réunit des esprits réactifs face à ce phénomène : chercheurs, sociologues, agronomes de tous pays. Ce vivier de réflexion, de partage d’expertise et d’expérience propose des pistes de réflexions, des débuts de solutions à travers le colloque Hungry City qui s’est tenu les 6 et 7 décembre 2012 à Paris.

 

Plus qu’un tweet à partager : un jardin !

Une première conclusion, évidente : les problématiques de répartition et d’accès à l’alimentation ne sont pas résolues par l’augmentation de la production. Ces inégalités de consommation induisent des risques sanitaires : obésité, diabète, etc. L’accès à une alimentation de qualité réduirait ce phénomène social : c’est une question de santé publique ! D’où le constat final : C’est le rôle de la politique publique locale d’explorer de nouveaux modèles de développement, plus rationnels et plus durables. Notre système alimentaire doit évoluer rapidement face à ces nouveaux enjeux, la tendance ne faisant que s’accentuer. En conséquence, nos modes de consommation devront changer impérativement, mais cette évolution ne sera pas forcément synonyme de contrainte : à Montréal par exemple, la création de jardins communautaires permet à 38% des citoyens de pratiquer le jardinage. Le problème de surface au sol a été ingénieusement résolu par l’installation de potagers sur les toits des immeubles. On estime que seuls 250m2 de surface cultivable permettrait de nourrir une famille de cinq personnes pendant un an tout en respectant l’adage « cinq fruits et légumes frais par jour »… C’est peu, mais déjà bien trop pour un espace urbain : il faut trouver le moyen de redonner une place à la nature en ville. Dans certaines agglomérations françaises sont testés des jardins collectifs partagés. Une parcelle à disposition et l’on observe le développement d’un nouveau lien social dans l’échange, le partage des savoirs : le jardin est une réponse à l’individualisme contemporain. Suite à leur mise en place, la vie de quartier explose favorablement. Soutenir la création de ces jardins favorise de plus l’accès des ménages les plus modestes à des produits de qualité, et tout ça dans un cadre convivial.

D’autres initiatives pointent ca et là, comme les AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), aidant à reconnecter le contexte urbain au réseau rural, favorisant les circuits courts, de l’agriculteur au citadin. Mais ces initiatives, bien que porteuses de solutions manquent de visibilité et ont peu de poids face au système alimentaire actuel.

 

Il existe une réelle nécessité d’engager une démarche participative autour de la question de l’alimentation, de construire une gouvernance alimentaire durable, d’établir une nouvelle politique publique des modes d’alimentation des villes. Toutes les initiatives, expériences collectives doivent aider à rendre autonomie et maitrise aux acteurs du système alimentaire : consommateurs, producteurs et collectivités territoriales.